La majorité des 163 mentions de boissons sont des alcools (96 mentions). Le vin arrive en tête avec 53 mentions. Zola emploie 8 fois 'litre', 3 fois 'coup', 2 fois 'canon' et une fois 'piquette' comme synonymes de vin. L'eau-de-vie revient 12 fois, le cognac 3, le punch 3, le cidre 3, la bière 2 fois , le marchand de vin 2 fois, le rhum 2 fois et le bordeaux et la chope 1 fois.
Le café est la boisson non alcoolisée la plus bue avec 28 mentions, devant l'eau (19), le lait (7), le sang (3)! Puis, ces autres boissons ne reçoivent qu'une mention: le tilleul, le sirop de groseille, l'eau de Seltz. Et, en plus du sang, on trouve de nombreuses boissons métaphoriques: l'argent, la vie, la terre, le saint-frusquin, quelques écus, la fécondité et le soleil.
La première place du vin dans cette France rurale s'explique par le fait que ces fermiers de la Beauce en produisent un peu, surtout pour leur consommation personnelle ou celle de leurs animaux chapardeurs. L'âne saoul est probablement le passage le plus drôle du roman! La Grande, la sœur du père Fouan, donne aussi l'occasion de rire avec son vin 'chasse-cousin'. Cette misanthrope avare garde une bouteille particulièrement acide et exécrable pour 'régaler' sa famille afin qu'ils ne déguerpissent rapidement.
En l'absence de thé, concentrons-nous sur les boissons métaphoriques. Voyons ce qu'il en est du 'sang' qui revient trois fois:
J'ai dégusté ce puerh cru de vieux arbres des années 1970 pour illustrer ce livre. Je voulais la dimension des odeurs de terre, l'ivresse, mais aussi la passion du puerh. Et ce Chabu est composé de 3 carrés qui renvoient aux 3 enfants de Fouan: Buteau, Jésus-Christ et Fanny qui se sont partagés la terre équitablement.
La première place du vin dans cette France rurale s'explique par le fait que ces fermiers de la Beauce en produisent un peu, surtout pour leur consommation personnelle ou celle de leurs animaux chapardeurs. L'âne saoul est probablement le passage le plus drôle du roman! La Grande, la sœur du père Fouan, donne aussi l'occasion de rire avec son vin 'chasse-cousin'. Cette misanthrope avare garde une bouteille particulièrement acide et exécrable pour 'régaler' sa famille afin qu'ils ne déguerpissent rapidement.
En l'absence de thé, concentrons-nous sur les boissons métaphoriques. Voyons ce qu'il en est du 'sang' qui revient trois fois:Partie I, chapitre 2
"Mais, sous l'opiniâtreté froide qu'il montrait, une colère grandissait en lui, devant l'enragement de cette chair, qui était la sienne, à s'engraisser de sa chair, à lui sucer le sang, vivant encore."
Commentaire: Il s'agit bien d'un emploi métaphorique. Le père Fouan est en colère contre son fils Buteau, car ce dernier refuse de payer un loyer pour les terres de son père. Ce dernier est trop vieux pour les exploiter à leur plein potentiel et se trouve obligé de passer la main à ses trois enfants. La retraite des vieux agriculteurs dépendait fortement de la génération en activité. On voit qu'au XIXe siècle, les enfants n'étaient pas très tendres avec leurs parents. Mais c'était déjà le cas à la génération de Fouan. Il avait traité son père de manière similaire, car un domaine partagé en trois rapporte juste de quoi survivre.
Partie IV, chapitre 5
" - Ah! salope, tu es venue voir avec ton salop... Eh bien ! tu vois notre peine, c'est comme si tu nous buvais le sang...Voleuse, voleuse, voleuse!"
Commentaire: C'est par ces mots que Lise insulte sa sœur Françoise qui vient, avec son mari Jean, prendre possession de la maison familiale et en expulser Lise et Buteau. Cette seconde utilisation du mot sang sert à montrer que pour ces fermiers qui vivent de la terre, cette terre et la maison qui se transmettent à chaque génération font partie de leur sang, de leur être.
Partie V, chapitre 6
"Les gens étaient trop canailles, ça le soulageait, l'espoir de démolir des Prussiens; et, puisqu'il n'avait pas trouvé la paix dans ce coin, où les familles se buvaient le sang, autant valait-il qu'il retournât au massacre."
Commentaire: Dans ce dernier chapitre de l'histoire, Jean, originaire de Provence et ancien soldat, préfère retourner dans l'armée pour se battre avec l'ennemi Prussien, plutôt que de se venger des fermiers de la Beauce! Ici, le mot sang renvoie aux deux autres mentions que nous avons relevé dans le roman, mais aussi à toutes ces histoires de convoitise de la terre.
Partie III, chapitre 2
"Je vous dis qu'il a mon argent. Je l'ai senti, je l'ai entendu sonner dans sa poche, à ce gueux! Mon argent que j'ai sué, mon argent qu'il va boire !"
Commentaire: Buteau ne supporte pas que ses parents aient donné une partie du loyer qu'il leur paie à son frère Jésus-Christ, car ce dernier va se saouler avec cet argent. Cela lui donnera le prétexte d'arrêter de leur payer ce loyer!
Partie IV, chapitre 3
"Et puis on la vendra, on a bien vendu mon patron Jésus-Christ; et, s'il nous revient quelques écus, on les boira donc, v'là la vraie sagesse!... Ah! mon Dieu, on a le temps d'être mort et de l'avoir à soi, la terre!"
Commentaire: Buteau a raison concernant son frère Jésus-Christ. Cet ivrogne veut profiter de son héritage terrien pour le vendre et boire à l'aide de ces écus obtenus par la vente de ses lopins de terre.
Partie IV, chapitre 3 (quelques lignes plus haut)
"Et tout ça, parce que tu l'as bue, la terre, sacré jean-foutre de noceur, salop, cochon!"
Commentaire: Boire la terre ou l'argent (de la terre) revient au même. Pour un paysan, c'est immoral de consommer son épargne.


Partie III, chapitre 4
"Et, le visage couleur de cendre, mangé ainsi qu'un vieux sou, vieille de soixante ans à trente-cinq, elle achevait de laisser boire sa vie au brûlant soleil, dans cet effort désespéré de la bête de somme, qui va choir et mourir."
Commentaire: Image classique: boire la vie signifie se rapprocher de la mort.
Partie IV, chapitre 1
"- Ah! Si ma garce de femme, avant d'en crever, n'avait pas bu tout mon saint-frusquin, à mesure que je le gagnais, c'est moi qui aurais décampé de la ferme, pour ne pas y voir tant de saletés!..."
Commentaire: L'expression imagée 'boire son saint-frusquin' signifie dépenser tout son argent ou ses biens jusqu'à ne plus rien posséder.
"C'est la grande ville qui rendait aux champs la vie qu'elle avait reçue. Lentement, le sol buvait cette fécondité, et de la terre gorgée, engraissée, le pain blanc poussait, débordait, en moissons géantes."
Commentaire: Il est question des égouts dont les excréments servent d'engrais pour la terre. Pour Zola, toutes les vérités, même les plus dégueulasses, sont bonnes à dire dans ce roman.
Commentaire: Il est question des égouts dont les excréments servent d'engrais pour la terre. Pour Zola, toutes les vérités, même les plus dégueulasses, sont bonnes à dire dans ce roman.
"Souvent, il s'oubliait l'après-midi entière au bout d'une poutre, accroupi, à boire le soleil. Une hébétude l'immobilisait, les yeux ouverts."
Commentaire: Le seul plaisir qui reste au vieux père Fouan est de se sentir la chaleur du soleil de l'après-midi sur son visage.
Conclusion: Dans ce roman, l'alcool enivre guère les paysans, et le sexe ou l'amour ne déclenche pas de grandes passions. C'est la possession de la terre qui les anime! Au dernier chapitre, Jean en arrive à la conclusion: "sale race, que ces paysans!" Les boissons sont peu variées dans ce roman, mais elles jouent tout de même un rôle important. Le vin est très présent dans la vie quotidienne des fermiers de la Beauce. Et pour le frère de Buteau, sa vie consiste à transformer chaque sou en boisson et en ivresse! Parmi les boissons sans alcool, on boit presque autant d'eau que de café. C'est un signe de la grande pauvreté de ce milieu agricole.
J'ai dégusté ce puerh cru de vieux arbres des années 1970 pour illustrer ce livre. Je voulais la dimension des odeurs de terre, l'ivresse, mais aussi la passion du puerh. Et ce Chabu est composé de 3 carrés qui renvoient aux 3 enfants de Fouan: Buteau, Jésus-Christ et Fanny qui se sont partagés la terre équitablement.



