Monday, July 26, 2021

2003 Spring raw puerh cake feedback

 

2003 sheng puerh cake

I continue my summer blogging with this feeback I just received today from Vitaly!

"Yesterday, I had my first session of the 2003 puer with friends. To be frank, while the whole purchase was made just to try that tea, I did not expect much for that price. It came as a surprise indeed. I must praise you for your description of the tea in your blog and on the product page - it's 100% precise. And the tea is truly great for what it is, especially the storage - it's just how I like it."

Thank you very much for sharing your thoughts about this 18 years old tea. I'm especially glad that you found my description accurate. I always try my best to explain why a certain tea is worth its price without overpromising.

That being said, this tea has a strong appeal for the nostalgic puerh fans. 18 years ago, they were enjoying these large cakes (357 gr) of fresh sheng at ridiculous prices compared to today's offerings, while aged sheng was already more expensive than new puerh. Here, it's an aged cake priced like a fresh puerh 12 years ago! It's almost like entering a time machine, enjoying the prices of the past and coming back to today to enjoy the aging!!


Thursday, July 22, 2021

Hung Shui SiJiChun feedback


This comment from Kelly on FB made my day: 
"I just had the 2020 Hung Shui 'Dong Pian' Oolong from Mingjian sample you sent me and wow! It was gorgeous, the flavour, the relaxed buzz, the smell and experience. My mouth has been watering all day, the taste lingers in the best possible way. I never knew how much I loved Oolongs, thank you for introducing me to a good brew. The stuff I had from other shops was so inferior, and honestly turned me off of Oolongs. So seriously thank you. I hope you're enjoying your summer. Your tea is defiantly helping me enjoy mine."

I'm glad that you've enjoyed this finely roasted Oolong. It's the cheapest in my selection, but it is 20% more expensive than the fresh Si Ji Chun Dong Pian Oolong that is the unroasted version. That's because Hong Pei, roasting, is an art that requires skill, time and therefore has a price. And those who compare the fresh Dong Pian and its roasted version will discover the transformative power of roasting. At first, this roasting process helped to preserve the flavours of the leaves during the long transportation of the tea during the Qing dynasty (1644-1911). And it was also a way to refine and add depth to the taste. 

Note 1: these 2 Oolongs (fresh and roasted SiJiChun) are also included in the TeaMaster's sampler for beginners.

Note 2: The online boutique remains open this summer. I might just take a week or so off in August.

Tuesday, July 20, 2021

Le thé, l'incompris des séries et de la littérature en Chine


La plupart des séries chinoises télé se passent dans la Chine impériale d'avant 1911, durant des dynasties diverses. La plus célèbre des dynasties classiques pour son intrigue est sans doute celle des '3 Royaumes' (220-280) qui a donné naissance à l'un des canons de la littérature chinoise du même nom. Mais les dynasties Han, Tang, Sung, Ming et Qing sont aussi souvent portées à l'écran. Et parfois, pour des fictions ou des séries de gongfu fantastique, la dynastie n'est pas vraiment définie. L'avantage pour les créateurs de ces histoires campées dans les temps anciens, est de pouvoir échapper à la censure du parti communiste. En effet, comme celui-ci n'y existait pas encore, il n'est pas nécessaire d'y faire référence et de le glorifier.

Story of Yanxi Palace, une rare réussite 
Je ne suis pas un spectateur assidu de ces séries, mais comme elles sont divertissantes et parfois très esthétiques, il m'arrive d'en regarder des bribes, surtout quand on y voit les protagonistes préparer du thé.

2 choses me frappent. Le thé est de plus en plus présent dans ces séries. Et secondo, les anachronismes sont plus que nombreux, presque systématiques. Il est très rare que la manière de préparer le thé corresponde fidèlement à la réalité de l'époque. Les erreurs les plus grossières sont l'emploi de petites théières pour préparer le thé dans les dynasties Ming ou antérieures (or les petites théières ne datent que de la dynastie Qing, 1644-1911). Ou bien de voir le thé en feuilles dans les dynasties antérieures aux Ming. Ou bien de voir des accessoires du commerce d'aujourd'hui dans des scènes de la dynastie Qing...

The Flame's Daughter, Aie, cette bouilloire moderne!

Pourquoi ces anachronismes?
Avant d'envisager un complot, il faut toujours envisage l'ignorance, comme disait Michel Rocard. Et puis, c'est aussi difficile de trouver des accessoires qui imitent fidèlement la réalité des temps très anciens, surtout avec des petits budgets. Pour les Ming et le Qing, on a plus de facilité à trouver des accessoires identiques, et c'est pourquoi les anachronismes sont moins évidents aux yeux des amateurs débutants.

Mais si l'on devait chercher une explication moins innocente, je dirais que si l'on voit parfois des bouilloires, des jarres neuves, c'est souvent de la publicité déguisée. Ce sont des placements de produits similaires à ceux que font les grandes marques dans les films de James Bong (quand il conduit la dernière BMW ou bien visionne une vidéo sur un iPad...). Ce genre de pub se fait beaucoup dans les séries chinoises pour la télé.

Mon autre explication, est qu'il y a un désir de promouvoir le thé comme une activité sociale très distinguée. La connaissance du thé s'accompagne inévitablement d'un grand respect pour ce personnage dans la série. Il démontre ainsi qu'il a plusieurs cordes à son arc. La maitrise du thé, la possession d'accessoires de qualité et de feuilles renommées ajoutent au prestige social du personnage dans l'intrigue. C'est aussi une pub déguisée pour le thé et, avec ses 1,4 milliards d'habitants, cela explique pourquoi les meilleurs thés et accessoires deviennent de plus en plus chers en Chine.

De plus, la pratique du thé chinois est aussi une manière de respecter les traditions ancestrales. Cette explication est peut-être un peu capillotractée, mais, en montrant que le thé n'évolue pas depuis mille ans, ce qui est faux, il y a peut-être aussi un message politique conservateur, opposé au changement...

Même dans les livres de Jin Yong (1924-2018), écrivain de HongKong, il y a des anachronismes. Jin Yong est le grand auteur de cape et d'épée chinois. La traduction de 'Tian Long Ba Bu' s'est achevée récemment et vous trouverez cette histoire en 5 tomes aux Editions You Feng. Je vous recommande sa lecture distrayante à la plage cet été. L'histoire se passe durant la dynastie des Song (960-1279) quand le thé était vert, en poudre et fouetté dans des bols noirs et bu dans ces bols. Malgré ce fait historique, page 263 du tome 5, on peut lire: "Des tables à thé sont disposés en rangs, portant chacune un gaiwan de porcelaine blanche aux dessins bleus". A la page suivante: "Il prend la tasse, ôte le couvercle et renverse le thé ainsi que les feuilles dans sa bouche." Il ne s'agit donc pas de thé vert en poudre, mais de feuilles entières. Passons sur le fait que le personnage (originaire de Tufan) ingère aussi les feuilles, on voit que la préparation est telle qu'on la rencontre encore de nos jours. Or, si on a trouvé quelques porcelaines blanches avec du bleu durant la dynastie Tang (618-907), ce n'est qu'à partir des Yuan (1271-1368) que ce style se répand en Chine. Et le gaiwan n'apparait comment instrument pour préparer le thé que chez les Ming (1368-1644).

Pour Jin Yong, je pense que cette erreur historique provient soit de l'ignorance de l'histoire du thé, soit d'un désir de ne pas rendre la lecture de son roman trop ardue en expliquant comment le thé était fait autrefois. En effet, son récit a beaucoup de rythme et ses descriptions sont rares et brèves.
Gaiwan qinghua, rouge, vert et doré sur la couverte avec décoration de 'grains de riz' translucides

Le meilleur roman classique chinois qui parle avec exactitude du thé, quand il en est question, est Hong Long Meng, le rêve dans le pavillon rouge, de Cao Xueqin. Mais ce chef d'oeuvre du milieu du XVIIIème  siècle est d'un tel niveau que même ses exégètes se trompent quand il s'agit d'expliquer les références au thé et aux accessoires de thé contenus dans ce livre. Il faut savoir que Cao Xueqin fait parti de la famille qui fabriquait les vêtements de l'empereur. Il a fréquenté la cour et est donc très au fait de ce qui se fait de mieux dans la Chine de son époque pour le divertissement des élites. Les références dans ce livre complexe, foisannant de personnages, sont souvent difficiles à comprendre et à interpréter. Aussi, le Hongxue désigne l'étude de ce livre exceptionnel de la littérature chinoise. Or, selon notre étude avec Teaparker, la plupart des explications actuelles sur les thés ou accessoires mentionnés dans ce livre sont inexactes! 

Le thé est donc trop simplifié dans les oeuvres modernes, ou bien il est trop complexe et insasissable dans les oeuvres anciennes, même pour les Chinois! Sa connaissance (ou son ignorance) est donc effectivement un vrai marqueur social en Chine. Il y a les savants, les ignorants et, pire que les ignorants, ceux qui croient savoir et ne tiennent leur savoir que de ce qu'ils ont vu dans les séries actuelles!
Concubine Oolong de Shan Lin Xi, 2020

Thursday, July 15, 2021

"The middle path is the surest"

This quote in praise of the middle path sounds very Taoist or Buddhist to our contemporary ears. If there's just one thing that we know about Chinese philosophy, it's importance of avoiding excesses and staying mid way. You could argue that this is even translated or symbolized by the name of China, Zhong Guo, the country of the middle!

And yet, I've found this quote in Ovid' poem Metamorphoses. (Book II, verse 137): "Medio tutissimus ibis". Phaeton, son of Phoebus, wants to drive his father's chariot, which pulls the sun across the sky. Phoebus, foolishly, agreed to his son's dangerous wish. Before Phaeton embarks, his father tells him how to hold the reins of his horse and how to drive the chariot. And since the earth needs a moderate temperature, it's safest neither to be too close, nor too far from the ground. Otherwise the soil could burn or freeze. That's why he concludes, very philosophically, that the middle path is the safest!

Wenshan Baozhong

The story ends in tragedy, because the mortal son of a God is not skilled, experienced and powerful enough to pull the sun with his father's chariot. He looses control of his vehicle and dies from his burns. So, even good advice is not enough when are a total beginner. A theoretical knowledge is not the same as what you gain from practice and experience (gongfu).

What else can we learn from this story for our practice of tea (and for life, maybe)! The middle path is especially useful for parameters that are not well defined by the theory, by the rule of the art. Two parameters come to mind:

1. How many leaves should I brew? 
Put too few and the brew will be bland. Put too many and the brew risks becoming bitter, too strong and lacking harmony. There's no definitive answer to this question. It depends on the drinker's taste, the size of the teapot, the kind of tea he's brewing... So, the safest way is to go the middle way: neither too few nor too many. With experience, you'll learn when to put more and when to put less.

2. How long should I brew my tea?
This depends on how many leaves one is brewing and how much aroma is present in the leaves and how quickly it is released. There's no right answer, just some guidelines. The brews should be shorter in the first brews when the leaves are potent and longer at the end as the leaves become weaker. This is the case with Wenshan Baozhong and similarly shaped teas. An exception is the first brew of ball shaped Oolong, because it takes time to open up the rolled leaves. 


When it comes to the brewing temperature, is the middle path the surest? Should your water be neither too hot nor too cold?
This is the surest way to failure, because the brew would always be bland! When you have a clear rule that says that tea is best made with just boiled water, then the surest path is to follow this instruction. Failure won't come from the temperature of the water, but from the other parameters.

However, the middle way works for the question 'how hard or fast should I pour my boiling water on my leaves?'
If you are new to gongfu cha, a medium strength of pouring the just boiled is the safest bet. It's only with experience, trial and error, that you'll slowly learn when to pour slow and when to pour fast, and where and from how high!

In conclusion, we can say that the philosophy of the middle path is common to Western and Eastern classic thought. It applies especially for situations and parameters that we encounter for the first time or for which we don't have any knowledge. However, the more you know, the more you can be bold without risk. It's like driving on the highway: 55 mph is a much safer speed than 25 mph, provided you know how to drive and the road is not congested!
 

Friday, July 09, 2021

Les Métamorphoses d'Ovide

Ce long et célèbre livre de poésie de 11 995 vers accompagne mes Chaxi cet été. En version bilingue latin et français, sa lecture me permet de me remémorer le temps où je faisais des versions (la traduction du latin au français) au collège et au lycée dans les années 1980. Le cruel passage du temps me montre combien ma mémoire est défaillante et tout ce que j'ai oublié depuis. Les quelques mots que je reconnais me donnent un peu de baume au coeur. J'ai l'impression que si j'arrivais mieux à comprendre le texte latin, mon passé scolaire ne serait pas si distant et révolu. Chimère! Je me dis aussi que l'on n'a pas conscience de la chance qu'on a de lire et traduire des textes deux fois millénaires quand on est adolescent! 
Le début des Métamorphoses raconte une genèse très similaire à celle qu'on lit dans la bible. Paganisme romain et religions judéo-chrétiennes ont ces mythes de la création et du déluge en commun. Magnifique et étonnant!

J'adore ce passage qui dit que Prométhée, fils de Japet,

"Forma l'homme semblable aux dieux maîtres de l'univers,

Quand tous les animaux,courbés, fixent le sol,

Il fit l'homme, chef dressé, face au ciel,

Levant haut son regard, scrutant les étoiles"

Ce qui nous fait homme, c'est donc de partager avec le(s) dieu(s) le pouvoir de création et d'aspirer à la grandeur, à l'infini, à la perfection. L'homme ne se contente pas de boire pour étancher sa soif comme un animal. Ce qui fait l'homme est sa capacité de transformer ces moments du quotidien en affirmation de sa nature et de ses aspirations. Ainsi, le Chaxi, la pratique du thé est une activité dont le raffinement exalte notre humanité!

Sans avoir connu le thé, Ovide arrive à faire une observation très pertinente:

"Car l'humide et le chaud ensemble combinés

Engendrent: c'est d'eux seuls que toute vie procède.

Si le feu combat l'eau, tout naît de la vapeur."

Et la vapeur se forme quand l'eau entre en ébullition! Les feuilles de thé ne reprennent vie que lorsqu'on les infuse avec de l'eau qui vient de bouillir! 700 ans avant Lu Yu, Ovide avait tout compris!!

Manier le feu sous la bouilloire, puis la vapeur d'eau, nous sommes fils et filles de Prométhée. Le thé qui jaillit de notre théière ou de notre gaiwan est notre création. Et il est à notre image. Raffiné et doux, ou amer et nerveux. Pur comme la jade ou troublé comme la brume d'automne. Concert baroque ou de heavy metal. Poésie scandée ou encart de publicité. 


N'ayez pas peur de rater vos infusions, de prendre des risques, d'ajouter du beau tout en respectant les règles de la préparation du thé. Regardez vers les étoiles. Transformez votre dégustation quotidienne en une hymne à la vie! Ovide a bien raison de nous rappeler que la création n'existe pas. Tout est métamorphose! 

Thursday, July 01, 2021

Le mois de Jules César débute en beauté

Pourquoi l'empereur Auguste a-t-il appelé les mois d'été en hommage à Jules César et à lui-même? Il aurait pu prendre octobre et novembre, après tout! La raison pour ce choix est le caractère solaire et lumineux de ces 2 mois. Un empereur est l'incarnation du soleil! Cela ne date pas donc pas de Louis XIV!

Et si ces 2 mois estivaux sont des mois impériaux, j'y vois une autre signification. C'est que l'été est une saison d'abondance (dans les vergers et potagers). Il fait si chaud qu'on travaille moins (surtout en extérieur). On essaie de se fatiguer le moins possible et on va même partir en vacances, si possibleau soleil!
Bref, en juillet et en août, on mène une vie de luxe, une vie impériale! Du moins, tel est notre but avec la sacralisation des vacances d'été, la farniente... Néanmoins, êtant encore bloqué à Taiwan cet été à cause du virus, ce matin, j'ai dégusté cette Beauté Orientale de grade impérial
Avec ses infusions, j'ai l'impression de posséder de larges pièces d'or liquide. Au lieu de Julius, je me sens Crésus! Cette liqueur limpide (obtenue sans filtre à thé, ni filtre photo!) est un plaisir des yeux. Mais il est loin derrière celui de mes narines et de mes papilles! Quel parfum impérial! Là, fermant les yeux, ses effluves m'ouvrent les portes d'un palais de Constantinople, où languissent de belles jeunes femmes issues d'un conte des 1001 nuits!

Si l'empereur de Rome est soleil, celui de Chine est dragon. Et celui-ci se sent pousser des ailes dans ce palais aux mille merveilles! Chaque gorgée est semblable à un baiser bien français. Alternance passionnée de chaud et de froid.
Retour au réel après quelques coupes de douceur et de bonheur. Je me sens purifié comme après une baignade. Le souvenir des parfums des feuilles et de l'infusion résonne comme l'écho d'un violon baroque jouant du Vivaldi à la fin du concert. 
Devenez empereur le temps d'un Chaxi de juillet!