Wednesday, August 05, 2026

Les boissons dans La Débâcle, d'Emile Zola

Le roman La Débâcle est celui de la guerre de 1870 contre la Prusse et celui de la guerre civile par la Commune à Paris. C'est un des romans les plus longs de la saga avec plus de 430 pages dans mon édition (Bouquins). Cette guerre signe la fin du règne de Napoléon III et Zola aurait pu achever sa saga des Rougon-Macquart avec ce livre, puisque sa fresque voulait peindre Second Empire au  travers d'une famille. Mais il reste encore un roman, Le Docteur Pascal, pour conclure sur cette famille au centre de son histoire de la France.

Dans La Débâcle, les alcools sont un peu plus mentionnés (66 fois) que les boissons sans alcool (58 fois) ou les métaphores (3). La boisson la plus mentionnée dans cette histoire qui se passe en Alsace, à Sedan et à Paris est le vin (42 mentions dont 6 fois blanc). La seconde boisson est le café (32 mentions dont 4 fois le lieu et 3 fois au lait) et en troisième l'eau (14 mentions).Dans alcools, on a aussi 10 mentions d'eau-de-vie, 3 de champagne, de cognac, 2 mentions d'alcool, et 1 mention de grog, de bordeaux, de bourgogne, de chopine, de pousse-café et de sirop d'opium (rangé dans les alcools pour ses propriétés d'altération des sens). Dans les boissons sans alcool, on trouve aussi 4 mentions de bouillon, 3 mentions de lait, 2 mentions de demi-tasse (de café) et de thé et une fois quelque chose de chaud! Finalement, parmi nos 3 métaphores, on a deux fois le sang et une fois la soif.

Commençons par notre boisson favorite, le thé:

Partie 3, Chapitre 6
"Par ce rude hiver, les vieux chênes des Ardennes brûlaient à grande flamme, au fond de la haute cheminée, on prenait vers dix heures une tasse de thé, on causait dans la bonne chaleur de la vaste pièce. Et M. de Gartlauben était visiblement tombé amoureux fou de cette jeune femme si rieuse, qui coquettait avec lui comme faisait autrefois, à Charleville, avec les amis du capitaine Beaudouin."
(...)
"- En attendant, il va faire remettre en liberté l'oncle Fouchard, et il n'aura pour sa peine qu'une tasse de thé, sucrée de ma main."

Commentaire: La présence de thé dans ce roman de guerre correspond bien à son image de boisson féminine et séductrice. C'est dans l'atmosphère chaleureuse du thé matinal que capitaine Prussien tombe amoureux de son hôtesse. Elle le laisse faire sa cour, lui fait miroiter un peu d'espoir afin d'obtenir des services et des faveurs, mais il doit se contenter d'une tasse de thé, sucrée par la jeune femme. 

Passons à la boisson la plus en phase avec ce roman de guerre et de mort: le sang! 

Partie 3, Chapitre 1
"Et un vol noir de corbeaux s'envola avec des croassements ; et, déjà, des essaims de mouches bourdonnaient au-dessus des corps, revenaient obstinément par milliers, boire le sang frais des blessures."

Commentaire: J'ai mis le sang dans la catégorie métaphorique, car ce n'est pas une boisson humaine, mais la boisson des mouches sur le champ de bataille. Ce détail permet de renforcer encore le sentiment d'horreur face aux conséquences de la guerre.

Partie 3, Chapitre 8
"Ah! tonnerre de Dieu! j'étais donc soûl, que je ne t'ai pas reconnu, oui! soûl comme un cochon, d'avoir déjà trop bu de sang!"

Commentaire: Jean se rend compte que l'homme qu'il vient de percer avec sa baïonnette est son ami, Maurice. Il explique son geste stupide par l'ivresse du combat. Ici le sang est bien une métaphore pour expliquer que plus on tue, plus on veut tueur, comme un cochon qui ne s'arrête jamais de manger tant qu'il n'a pas vidé sa gamelle. 

La prochaine citation ne contient pas de boisson, mais l'absence accrue de boisson, la soif! J'ai voulu l'inclure dans cette analyse, car ce sentiment naturel décrit l'angoisse du soldat lors du combat.

Partie 2, chapitre 7
"C'était la peur, l'horrible peur, contagieuse, irréstistible. De nouveau, une grande soif les brûlait, une insupportable sécheresse de la bouche, une contraction de la gorge, d'une violence douloureuse d'étranglement. Cela s'accompagnait de malaises, de nausées au creux de l'estomac : tandis que des pointes d'aiguille lardaient leurs jambes. Et, dans cette souffrance toute physique de la peur, la tête serrée, ils voyaient filer des milliers de points noirs, comme s'ils avaient pu, au passage, distinguer la nuée volante des balles.

Commentaire: Le génie littéraire de Zola est d'arriver à nous dégoûter de la guerre par sa description précise de ce que ressentent les soldats tandis que les balles volent autour d'eux. Cette soif va d'ailleurs se prolonger après la bataille, car les cours d'eau sont pollués par le sang et le corps des tués qui y flottent.    
Je ne résiste pas à vous citer ce passage acerbe sur Napoléon III où il est aussi question d'une boisson symbolique pour l'empereur.

Partie 1, chapitre 3
"Et cet empereur misérable, ce pauvre homme qui n'avait plus de place dans son empire, allait être emporté comme un paquet inutile et encombrant, parmi les bagages de ses troupes, condamné à trainer derrière lui l'ironie de sa maison impériale, ses cent-gardes, ses voitures, ses chevaux, ses cuisiniers, des fourgons de casseroles d'argent et de vin de Champagne, toute la pompe de son manteau de cour, semé d'abeilles, balayant le sang et la boue des grandes routes de la défaite."


J'aime aussi beaucoup ce portrait de Rochas, un soldat français de carrière.

Partie 2, Chapitre 7
"Son grand corps maigre, sa longue figure osseuse, au nez busqué, tombant dans une bouche violente et bonne, riait d'une allégresse vantarde, la joie du troupier qui a conquis le monde entre sa belle et un bouteille de bon vin."

Le portrait le plus flatteur est celui de Jean Macquart, personnage principal de ce roman et de La Terre: Mais si cela correspond bien à Jean, cela ne correspond pas à la plupart des personnages de La Terre!

Partie 2, Chapitre  8
"Il était du vieux sol obstiné et sage, du pays de la raison, du travail et de l'épargne."

Conclusion: Les boissons reflètent bien l'histoire: le vin qui donne du courage et nourrit le soldat, le café qui réveille des pauvres soldats pour le combat, l'eau de la pauvreté totale des soldats battus et l'eau-de-vie qui saoule les moins vaillants.

N'ayant pas eu tant de boissons à analyser, j'ai remarqué la présence insistante d'un adjectif en particulier, mis à l'honneur par Victor Hugo dans son poème Expiation, partie II: 
"Waterloo! Waterloo! Waterloo! morne plaine!"
La liste n'est pas exhaustive, puisque je ne l'ai commencée qu'après avoir remarqué combien Zola aimait utiliser 'morne' dans La Débâcle"
Œil morne... ciel morne... air silencieux et morne... allure morne et indifférente... campagne ardente et morne...de mornes chevaux, morne accablement, Bazeilles vide et morne... vision morne...lisière des bois restait morne... artillerie inutile et morne... mornes journées... paix morne... Paris morne... morne dévastation... tristesse morne... morne déroulement... village morne... écrasement morne... il resta morne... ciel d'une tristesse morne, sentinelles mornes...
J'ai choisi d'illustrer cet article par des images d'un Chaxi du style de la dynastie Song. Le plus important livre de thé de cette méthode fut écrit par l'empereur Song Huizong. Il est aussi connu pour son amour des arts, la création d'un style de calligraphie très fin. Mais il les Chinois le connaissent surtout pour l'immense débâcle militaire face aux Yuan qui lui coûta sa liberté, sa vie et la moitié de la Chine. En 1870, la France ne perdit que l'Alsace et une partie de la Lorraine.

Monday, July 20, 2026

Les boissons dans L'Argent d'Emile Zola

L'Argent est le roman de Zola sur la Bourse, les dettes personnelles et la spéculation. Cette histoire d'une introduction en bourse d'un business qui promet d'immenses profits en connectant le monde par des nouveaux moyens de transport (le rail et les navires à vapeur). Saccard (cf. La Curée) est le génial visionnaire de l'ingénierie financière qui va permettre de lever des millions. En ces temps d'introduction de Space X, la lecture de ce roman rappelle que les belles histoires ne font pas les meilleurs investissements. Cette histoire ne dénonce pas que la spéculation boursière (qui enfreint les lois), mais aussi les lourdes dettes de particuliers, soumis à des intérêts exorbitants. Mais ces excès de la finance ne conduisent pas à des excès dans la consommation d'alcool. Les boissons sans alcool sont le plus mentionnées (22 fois). 

Etonnamment, la première boisson sans alcool de L'Argent est le lait (8 mentions), suivi par le café (6 mentions, mais toujours comme lieu pas comme boisson), l'eau (5 mentions dont une eau de Vichy), le thé (2 mentions) et les tisanes (1 mention). Toutefois, la première boisson du roman est le vin (10 mention) dont 1 pot-de-vin! Puis on a des vins en particulier: le bordeaux, le bourgogne, l'absinthe (avec 2 mentions chacun), l'alcool (2 mentions), le champagne et la bière (1 mention chacun).
Et nous avons 4 boissons métaphoriques: l'argent (2 fois), splendeur et jouissance, et chiffre (1 fois chacun).
En tout, nous avons donc 46 boissons dans cette histoire. 

Comparés aux Français de leur époque, ces financiers sont peu buveurs d'alcool. Ainsi, au chapitre 1, nous apprenons que "Gundermann (...), le banquier roi, le maitre de la Bourse et du monde, un homme de soixante ans (...) souffrant depuis vingt ans d'une maladie d'estomac, il ne se nourrissait absolument que de lait." 

Chapitre 2
A propos de la princesse d'Orviedo, "Encore quelques années de ce train (de charité), et elle serait ruinée, sans avoir réservé même la petite rente nécessaire au pain et au lait dont elle vivait maintenant."

Commentaire: Le paradoxe de ces riches, c'est qu'ils ne goûtent pas aux plaisirs du boire et du manger. Le banquier semble avoir un ulcère causé par son stress et la princesse vit chichement pour expier les crimes de son mari qui ont permis d'accumuler sa fortune.
Chapitre 2
"La comtesse de Beauvilliers, (...) lorsqu'elle était devenue veuve, avec un garçon de vingt ans et une fille de dix-sept, au milieu de l'écroulement de sa maison, la comtesse s'était raidie dans son orgueil nobiliaire, en se jurant qu'elle vivrait de pain et d'eau plutôt que de déchoir."
Chapitre 7
"La comtesse se promettait une robe vraiment neuve, rêvait de donner quatre diners par mois, l'hiver, sans se mettre pour cela au pain et à l'eau pendant quinze jours."

Commentaire: La sobriété de la comtesse est souvent subie. Sa pauvreté et ses rêves vont la rendre réceptive au rêve de l'enrichissement par la spéculation.
Chapitre 5

"Et, quand il remontait près de madame Caroline, c'était pour un repas plus copieux que celui de onze heures, des poissons fins et du gibier surtout, avec des caprices de vins qui le faisaient diner au bourgogne, au bordeaux, au champagne, selon l'heureux emploi de sa journée."

Commentaire: Saccard est un gastronome. Son appétit pour les bons vins est réel et préfigure de son appétit de la vie.et du pouvoir.
Intéressons-nous maintenant aux deux mentions de notre boisson favorite.

Chapitre 3
"- Et Chuchu, vous l'avez menée à Mabille?
- Ma foi, non! c'est trop cher. Nous sommes rentrés, nous avons fait du thé."

Commentaire: Cette remarque tombe lors d'une conversation qui concerne la gent féminine. Le thé fait partie de leur univers.

Chapitre 8
"Dans des coins de boudoir, aux diners de gala, derrière les jardinières en fleur, à l'heure tardive du thé, jusqu'au fond des alcôves, il y avait des créatures charmantes, d'une câlinerie persuasive, qui catéchisait les hommes: "Comment, vous n'avez pas de l'Universelle? Mais il n'y a que ça! achetez vite de l'Universelle si vous voulez qu'on vous aime!"" 

Commentaire: Le lien entre les femmes, l'amour et le thé est explicite dans ce passage. Zola montre aussi que la réussite financière est la base de la réussite amoureuse.
Les 4 métaphores de boisson sont particulièrement intéressantes pour comprendre le roman, puisque deux d'entre elles sont l'argent, le titre du livre!

La première métaphore apparait au deuxième chapitre:

"Se battre, être le plus fort dans la dure guerre de la spéculation, manger les autres pour nepas qu'ils vous mangent, c'était, après sa soif de splendeur et de jouissance, la grande cause, l'unique cause de sa passion des affaires."

Chapitre 4

"Mais elle (la comtesse d'Orviedo) refusa nettement d'être de l'affaire, elle entendait rester fidèle au serment qu'elle avait fait de rendre ses millions aux pauvres, sans jamai plus tirer d'eux un centime d'intérêt, voulant que cet argent du jeu se perdit, fut bu par la misère, comme une eau empoisonnée qui devait disparaitre."

Chapitre 8

"D'ailleurs, les actionnaires n'écoutaient pas. Quelques dévots, Maugendre et autres, les petits qui représentaient une voix ou deux, buvaient seuls chaque chiffre, au milieu du murmure persistant des conversations."

Commentaire: Lors de l'assemblée générale, au lieu de boire les paroles, certains actionnaires boivent les chiffres des profits! L'expression est originale et montre la fascination, l'envoutement de certains petits investisseurs.

Chapitre 9

"A la Bourse, les jours de catastrophe, on dirait que le sol boit l'argent, il s'en égare, il en reste un peu à tous les doigts."

Commentaire: La chute du titre est brutale. Toute la valeur disparait, sauf pour ceux qui ont parié sur la baisse du titre. Eux s'enrichissent. Ici, il est surtout intéressant de noter que Zola transforme une fois de plus le sujet de son roman en boisson.
Pour illustrer cette histoire de richesse et de spéculation , j'ai créé ce Chaxi de mon puerh de vieux arbres, le thé dont les prix s'envolent dans les enchères publiques. Mais le puerh est aussi le thé de la bulle du puerh, dont les prix s'effondrent quand la qualité du produit est mal jugée. Et je l'ai préparé avec une théière en argent, dorée, d'un maitre japonais sur un Chabu de vieux tissus cousus par ma mère. 



 

Thursday, June 25, 2026

My take on the spring 2026 Oolongs and Baozhong from Taiwan

Wenshan Baozhong

This is the 21st year I have selected teas in Taiwan. Each year there are new challenges that make this process interesting and necessary if you have accustomed your palate to the pleasure of fine teas. As tea is the product of soil, weather and human skill, there are plenty of factors that require our attention.

1. Soil
This is the factor where change is slowest. New plantations in new regions are quite rare. And if a farmer wants to farm his fields with more organic and less intensive methods, the soil needs time to absorb and reflect these changes. This is why, once I have found a tea plantation that does a good job in the management of the plantation, I tend to stick to them. This year, for instance, my farmer in YangKeng (Shan Lin Xi) had some health issues that prevented him to manage his plantation and prepare it for the spring harvest. During the harvest season, I've check on him and the plantation. He was getting better and he enjoyed the video I made of his plantation. Despite the neglect and the dry winter, the trees have grown very healthily. He feels that letting the plants rest for almost a year is very beneficial. He might be projecting his own state of mind and health experience, but I think he's right! In order to help him financially, I selected his spring 2021 Oolong from his inventory, a tea that exudes wonderful fragrances, a powerful clean taste and proves that good high mountain Oolong can improve with time. I'm very much looking forward tasting his next batch, after the good rest. Good soil and then managing it well is essential!
Resting Yang Keng plantation in Shan Lin Xi

The popular interest for high mountain Oolongs continues. This year, I witnessed it firsthand as I spent a night in ChangShuHu in AliShan. Taiwanese tea merchants kept visiting the farm and brought samples of semi-finished Oolongs from other farmers nearby. They would brew these samples and compare them with the semi-finished leaves being made at the farm. And they would repeat this comparison at other farms, late in the night and for several days, until they found enough good tea for their business. I understand that Alishan is popular, because this is a large mountainous region where fields aren't too small and they are located high enough above sea level that you can taste the mountain freshness at a reasonable price. One reason I like Chang Shu Hu and RuiFeng, because they are not located on the very touristy road that leads to the Alishan National Park. The farmers there can't count on foolable tourists, but must make good quality tea for the professional buyers. 
ChangShuHu, Alishan


The most sought after soil/location is located in the Lishan region. This is the region for experts and connoisseurs. The 1000 meters mark separates low elevation from high mountain. The 2000+ meters mark separate the high mountain Oolong from the stars! As we approach the highest elevation of 2580 meters for an Oolong plantation, there are fewer and fewer trees that grow at these altitudes. Supply is limited, demand is high (especially with Taiwanese high tech stocks soaring 100% since last year!), so prices react accordingly. My job is to select those that deserve these sky high prices. This year, the 3 Oolongs that stand out are FuShou Shan, DaYuLing 101K and Da Yu Ling 104K

Yong Long, Dong Ding


In the lower elevation, the organic farm that stood out this year is in Yong Lung, Dong Ding area. The fresh Oolong from this farm is very enjoyable even without the charcoal roasting! 

2. Weather

The winter was cold and dry all over Taiwan and tea plantation suffered from a lack of rainfall. Farms with their own water retention and irrigation did better. In the early spring, the rain first came to the north of Taiwan. And there was a lot of alternating rain in the north while the temperatures remained comfortable and rarely were too hot. 
Wenshan Baozhong


This explains why spring 2026 was a good season for Wenshan and Haishan Baozhongs. Good yields and bright flavors. 
Jinxuan is a cultivar that typically grows earlier than Qingxin Oolong. This year, its growth cycle coincided with a dry and hot couple of weeks that destroyed most leaves. That's why I don't have a spring 2026 Jinxuan (check my 2025 batch instead!).
Water is the mother of tea! In the center, rain came in sufficient quantity at the end of April and in early May. The cold and drought had delayed the harvests. Now, farmers had to plan their harvests around the scheduled rain. I saw the harvesters stop at noon in Alishan on April 24th, because it started to pour cats and dogs! And in FuShou Shan, my farmer harvested early on May 10th to avoid the rain. And in Long Feng Xia, my pictures and video show lots of fog, because I arrived in the early afternoon (and the sun only shone until noon).
Long Feng Xi, Shan Lin Xi

3. Tea processing.

Last year, I reported that more and more Wenshan Baozhong is machine harvested. The north of Taiwan lacks manpower for tea harvesting and the economic boom ( GDP is up 14.6 % in Q1 2026) isn't helping. Haishan Baozhong, though, is still picked by hand. Being organic also explains why its price is higher. This farmer is one of the most skilled in Taiwan: he produces green tea in early spring, Baozhong after Qingmin festival, jassid bitten OB in June, red tea in the summer and osmanthus scented Baozhong in winter!
San Hsia

In the north, tea farmers don't benefit from the popularity of high mountain Oolong. They have to innovate to attract new customers. One of my producers has learned to make Dancong with his locally grown Shui Xian! Another important skill is roasting. While I'm still waiting for the 2026 Dong Ding charcoal roast, I have selected 2 roasted Baozhongs from 2025: a Qingxin Oolong based and the RouGui based Bazohong. Their roast manages to preserve the fresh energy of the leaves.

Conclusion: A long winter rest was beneficial for the spring 2026 teas. Rain was necessary, but made the harvest season a little bit tricky for the farmers. Baozhongs had a stellar season. Alishan continues to deliver the best value for high mountain Oolong drinkers. Long Feng Xia's high elevation comes close to the lower elevations of Lishan. These are teas that boost the energy and freshness. Fushou Shan and Da Yu Ling are teas for presidents and emperors! They are teas for special occasions. 

Fushou Shan Chaxi


Wednesday, June 10, 2026

Les boissons dans La Bête Humaine de Zola

Après 'Le rêve' qui constituait une interruption originale dans la saga, "La Bête Humaine" nous ramène à la violence et surtout au crime, au crime passionnel et au crime congénital. Dans ce roman, les boissons apparaissent 48 fois. Les boissons alcoolisées ont 23 mentions, les boissons non alcoolisées en ont 21 et il y a 5 métaphores. La boisson la plus mentionnée est le café (15 mentions), mais c'est surtout qualifié un lieu (12 fois). Aussi, la palme de la boisson la plus bue revient au vin (12 mentions), puis à l'eau-de-vie (5 mentions). Ensuite, nous avons l'eau (5 mentions) dont une eau ferrée, 2 'malaga', 2 'souffle' et une mention pour 'train', 'alcool', 'âme', 'rhum', 'cidre' et 'lait'. 

Mais il n'y a pas une goutte de thé dans ce roman criminel. Le thé adoucit les mœurs et il est donc normal d'en trouver l'ombre du infusion. Le café (noir) ou les alcools (vin et eau-de-vie) vont mieux avec cet univers violent. 


Voyons les métaphores dans leur ordre (quasi) chronologique.

Chapitre 2, page 60
"Et, depuis de longues minutes, il battait les pentes, lorsqu'il aperçut devant lui l'ouverture ronde, la gueule noire du tunnel. Un train montant s'y engouffrait, hurlant et sifflant, laissant, disparu, bu par la terre, une longue secousse dont le sol tremblait."

Commentaire: Cette métaphore d'un train entrant dans un tunnel permet de mettre en relief un lieu de crime et un personnage très important du roman, le train. 

Page 61 nous livre une autre clé de lecture de ce roman.
"Pourtant, il ne buvait pas, il se refusait même un petit verre d'eau-de-vie, ayant remarqué que la moindre goutte d'alcool le rendait fou. Et il en venait à penser qu'il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d'ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois."

Commentaire: L'origine de cette envie de meurtre serait donc héréditaire et causée par les alcools forts qui ne font pas que des ravages chez ceux qui la boivent (cf L'Assommoir), mais aussi parmi leur descendance. 

Chapitre 6, page 144
"Mais, un samedi qu'une averse brusque les forçait à s'y réfugier, elle s'était obstinée à rester debout, n'abandonnant toujours que ses lèvres, dans des baisers sans fin. Elle ne mettait pas là sa pudeur, elle donnait à boire son souffle, goulûment, comme par amitié."

Commentaire: Jolie métaphore du baiser passionné, mais platonique: "boire son souffle".

Chapitre 7, page 175
"; et, d'un joli mouvement silencieux, elle renversa la tête, offrant ses lèvres, et lui se pencha, colla sa bouche à la sienne, en un baiser profond et discret. Leurs yeux s'étaient fermés, ils buvaient leur souffle."

Commentaire: En reprenant la même expression, Zola montre une progression dans la relation entre Séverine et Jacques. Maintenant, ils boivent mutuellement leur souffle. 

Chapitre 6, page 145
"Sa guérison, chaque jour, lui paraissait plus certaine, puisqu'il l'avait tenue des heures à son cou, que sa bouche, sur la sienne, buvait son âme, sans que sa furieuse envie se réveillât d'en être le maitre en l'égorgeant."

Commentaire: Au lieu de souffle, Zola utilise ici la métaphore de 'boire son âme' pour décrire les baisers passionnés de Jacques. L'âme n'est-elle pas le 'souffle' de la vie pour un romancier naturaliste et matérialiste? Avec cette petite allusion quasi religieuse se pose la question si Jacques peut être sauvé par l'amour (d'une femme) ou s'il est condamné par les (mauvais) gènes de sa race.

Chapitre 11, page 265
"Une épouvante le glaça, il se demandait ce qu'il faisait, à s'attarder ainsi dans cette chambre. Il avait tué, il était gorgé, repu, ivre de l'effroyable vin du crime."

Commentaire: Pour le criminel, l'acte est un vin qui l'enivre. Zola décrit là la psychologie d'un tueur en série. Tuer est comme un besoin naturel contre lequel il passe son temps à résister. Pour Zola ce déterminisme biologique est plus fort que l'amour. Il souligne cette idée par le meurtre de Séverine par son amant Jacques. 


Concernant les boissons, j'ai noté que les vins sont six fois blancs, mais jamais rouges dans cette histoire. La raison est probablement due au lieu de l'histoire, dans le nord de la France. Et il est aussi intéressant de noter qu'une eau est ferrée:

Chapitre 2, page 55
"Mais son homme s'étant levé pour lui donner son eau ferrée, oubliée par Flore, une carafe où trempaient des clous, elle n'y toucha pas."

Commentaire: L'utilisation d'une tetsubin en fonte sert la même fonction que d'ajouter des clous (souvent rouillés) dans son eau: ajouter un peu de fer à l'eau afin d'en améliorer le goût ou bien pour combattre un carence. L'eau ferrée est plus connue encore par son synonyme, l'eau ferrugineuse, grâce au sketch de Bourvil!

Pour illustrer ce roman, j'ai choisi ce Baozhong torréfié. Tout comme le chemin de fer, le Baozhong est une invention de la seconde moitié du XIXe siècle. Il est donc contemporain de cette époque et sa torréfaction traditionnelle au charbon me rappelle les locomotives qui roulaient avec ce carburant. Issu du nord de Formose, un Baozhong torréfié convient bien à une journée pluvieuse et froide comme il y en a beaucoup dans ce roman noir. Et, surtout, mon Baozhong apporte une note douce à cette histoire.


Wednesday, April 29, 2026

L'IA subventionne le Oolong Taiwanais du printemps 2026

 

Rueifeng, printemps 2026

La saison des récoltes des Oolongs de haute montagne a débuté la semaine dernière à Alishan. Comme chaque année, je me suis rendu sur place pour faire une première sélection et comprendre les enjeux de la saison. Cette année, la météo pose un double challenge aux fermiers: il fait plus froid que d'habitude et une sécheresse qui dure depuis l'hiver. Retarder les récoltes a permis de faire quasiment d'une pierre deux coups, car il a beaucoup plus depuis le 5 avril, la fête du Qingming. Mais je note que les plantations qui disposent de gicleurs pour arroser les théiers durant leur croissance semblent avoir un avantage sur les plantations qui en sont dépourvues. En plus de ces aléas météorologiques, ce printemps les fermiers doivent également faire face aux aléas de la géopolitique et de l'augmentation du prix de l'énergie causé par la guerre en Iran et le blocus du détroit d'Hormuz.

Or, divine surprise, tandis que le prix du baril de pétrole de Brent flambe et que les réserves de gaz de Taiwan sont très faibles, les prix du thés de haute montagne restent stables et l'énergie n'est pas vraiment un sujet de conversation avec les fermiers. En fait, le prix de l'essence n'a augmenté que de 15% environ depuis le début du conflit et le prix du gaz est resté le même. 

Rueifeng, printemps 2026

Comment est-ce possible? 

Bien que Taiwan soit un pays très libéral (18% de prélèvements obligatoires), l'Etat est très présent dans le domaine stratégique de l'énergie au travers d'entreprises publiques (China Petroleum Corp pour l'essence, par exemple). Or, l'économie  Taiwanaise se trouve actuellement en plein boom des micro-processeurs. Le PIB a fait +8,7% en 2025 avec des exportations en hausse de +38%! Les clients sont Américains (Nvidia, Google, Meta, Apple...). C'est important, car Taiwan gagne non seulement beaucoup d'argent, mais l'Amérique a besoin des micro-processeurs pour sa course à l'IA la plus puissante. C'est pourquoi Taiwan est prioritaire pour les exports d'énergie en provenance des Etats-Unis et ne souffrira pas de pénurie d'énergie. Taiwan est certes obligée de payer cette énergie au prix (élevé) du marché, mais l'Etat peut utiliser les impôts sur les énormes profits du secteur électronique pour subventionner les prix de l'essence à la pompe et du gaz. C'est pourquoi, cette année, nous pouvons affirmer que l'IA subventionne, indirectement, le prix des Oolongs de haute montagne de Taiwan! Mais le plus important est que la qualité reste au rendez-vous, grâce aux efforts de sélection de votre serviteur!

Friday, April 10, 2026

The tea play and the concept of Homo Ludens


For French philosopher Pascal (1623-1662), any entertainment is a distraction from the serious quest of eternal life for the soul through the faith in Jesus. In a Brave New World (1931), Aldous Huxley describes a future society where entertainment is used to control the people. Both thinkers share the view that such activities are superficial, aimed at immediate pleasure and that we would be better off, wiser, more cultured without them. Johan Huizinga (1872-1945), a Dutch historian and philosopher, makes a very different case in Homo Ludens in 1938. I have spoken about it in this recent tea class and would like to explore Huizinga's idea and its application to tea in greater detail and writing in this blog post:

 

Huizinga focuses on active playing, rather than the passive consumption of entertainment. (Pascal and Huxley also view playing as a distraction.) For Huizinga, playing games isn't a peripheral human activity that people use to kill time, but it's central to culture and society. For instance, he sees the judiciary system built on games between two contestants, a powerful referee who punishes the party that has broken the rules of the game (the law). Or a political debate between candidates is also inspired by games. Aired on TV, they follow rules about who speaks first/last, how long each candidate can speak and the result is measured by poll to determine who "won"!


One of Huizinga's key point is that playing is profoundly human and serious. While animals also play, humans use games and spirit to build culture, rites and institutions. Table manners and an elaborate culinary experience with the pairing of fine dishes and wine are obtained through playing with food. A dinner at a top restaurant can become a pinnacle of human achievement!

Having established the importance of playing games, let's now turn our attention to the attributes of a game.

1. First, a game has boundaries, in space, in time and in scope (the accessories used). For instance, a football (soccer) game takes place on a dedicated football field with strict dimensions. It lasts for two periods of 45 minutes with a pause of 15 minutes in between. The number of players on the field is 11 for each team and the goal is to land the ball behind the line of the goal cage by using the foot or the head.

2. A game isn't played out of necessity or for a purpose. A game is something we could do without, but that we do out of pleasure or love of the game. We understand that a game is separate from 'real life', that a game is an artificial construct. A game is the creation of a simpler, more harmonious world.

3. A game must have rules that the players willingly accept and respect. 

4. The boundaries and rules create freedom for the players. This allows them to make use of their skills, experience and intelligence. The ultimate goal is to win the game and/or receive recognition, honor, respect from others.

The ultimate proof that games are serious is watching kids playing chess or card games! They understand very well that everyone must follow the rules or the game is ruined.

Brewing tea isn't necessarily an activity that falls into the game category. If it's done in a careless way: tea bag in the mug, hot water in the mug, remove the bag after 2 minutes, then there's not much skill involved, because it lacks boundaries and rules.

The word Chaxi, on the other hand, is composed of Cha (tea) and Xi (which means 'play' in the sense of a theater play). But we should quickly note that a theater play is a kind of game. The theater is the place. The play starts at a certain time and rarely exceeds 3 hours. The cast are the players and they use their acting skill to recreate a story by following the rule of adhering to the text of the author of the play. Therefore, in the spirit of Huizinga, we could also translate Chaxi as tea play or tea game.

Indeed, whereas regular brewing happens in the kitchen or on the dinner table, a tea playing person usually has a dedicated place where he brews tea. This place becomes very special, because everybody understand that other rules apply. The Chaxi also refers to the tea session. One Xi means the brewing of one tea, from the preheating to the last brew of these leaves and their disposal. So, one game of tea is playing with the tea leaves from the moment they come out of their container, jar or pouch until they are exhausted and the tea vessel and accessories are cleaned. There's no precise time for how long one Xi should last, but in most cases the brewing takes place without interruption.
When we mention rules for tea, most of us will think of the strict rules of Chado, the Japanese way of whisking matcha. These rules are so precise that the Japanese have different schools that have taught them for centuries: Urasenke, Omotesenke and Mushanokoji-senke. 

Rules for the Chaxi are not so clearly stated, since the Chaxi method is rather new, even though it rests on China's long tea culture. A good place to start is Lu Yu's Cha Jing. It emphasizes the importance of good water, high quality tea, storage, the use of each accessory... Closer to us, we can find also lots of rules or guidance in the Chaozhou Gongfu Cha method. Part of the experience is to forge your own rules of what to do and not to do according to what works for you. The goal is to tend towards simplicity, harmony and flow. 

The goal of the Chaxi is maximize the experience from the tea for all senses and for the mind. But it shouldn't be too serious an activity. We shouldn't play the game of tea with a purpose in mind. It's not a drink to prevent cancer ; some pills with tea extracts can replace a Chaxi and save time. It's not a meditation therapy to cure stress ; meditation alone is probably more effective. Huizinga's work reminds us that the Chaxi is foremost a game we play for the pure joy tea gives us!


Tuesday, March 31, 2026

Les boissons dans Le Rêve d'Emile Zola


 
Le Rêve est un livre bien plus court que les autres dans la saga des Rougon-Macquart. Il s'agit bien plus d'un conte que d'un roman réaliste. Cette histoire est très proche de la Belle au Bois dormant ou de Cendrillon, mais avec un fond explicitement chrétien et miraculeux. Cela se reflète dans un nombre de boissons très faible et très différent de ce que consomment les personnages habituels de Zola. Ainsi, il n'y a que 15 mentions de boissons dont un seul alcool (le vin) et deux métaphores.

Ainsi, la boisson la plus mentionnée est l'eau (5 fois). Elle est 'pure', 'glacée' ou 'bénite'. Puis, nous avons 3 'café au lait' et 2 'lait'. Cette boisson lactée semble résonner avec la couleur blanche omniprésente à la fin du roman pour souligner la virginité d'Angélique, l'héroïque orpheline.

Il y a 2 boissons mortelles, mais inoffensives grâce aux interventions divines:

Chapitre 2
"Un continuel miracle d'ailleurs les protège. Ils fatiguent les bourreaux. Jean boit du poison et n'en est pas incommodé. (...) Ils boivent le plomb fondu, comme de l'eau glacée."

Commentaire: Ces boissons montrent la puissance des forces invisibles. Angélique lit et relit les histoires des saints de l'église et croit sincèrement et naïvement aux miracles énumérés.


La première métaphore apparait au troisième chapitre:
"Puis, comme elle avait levé la tête, elle parut boire dans une longue aspiration tout le printemps qui entrait."

Commentaire: Angélique ne sera pas encore majeure à la fin de l'histoire. Zola souligne sa jeunesse et son innocence avec cette métaphore. 


La seconde métaphore nous offre la clé du livre:

Chapitre 4
"Qui sait ce qu'elle serait devenue, dans le sol natal? une mauvaise fille sans doute ; tandis qu'elle grandissait en santé nouvelle, à chaque saison, dans ce coin béni. N'était-ce pas la grâce, ce milieu fait des contes qu'elle savait par cœur, de la foi qu'elle y avait bue, de l'au-delà mystique où elle baignait, ce milieu de l'invisible où le miracle lui semblait naturel, de niveau avec son existence quotidienne?"

Commentaire: Angélique est la fille abandonnée par Sidoniie. Rougon, personnage assez antipathique de la Curée. Pour arriver à échapper à son destin, son hérédité, il faut la foi et une intervention miraculeuse. Zola articule tout cela de manière magistrale dans les deux derniers chapitres.
Le thé est logiquement absent de cette histoire d'amour, car sa présence aurait été anachronique, vu que toute l'histoire se déroule dans une atmosphère très vieille France.

Ce conte d'amour chaste convient très bien à l'atmosphère religieuse de la semaine sainte. D'ailleurs, on assiste quasiment à une résurrection si bien amenée qu'elle ne laissa pas mes yeux secs! Et cela débouche sur un mariage avec un prince, comme il se doit, et c'est pourquoi j'ai pris cette jarre de double bonheur, le symbole marital chinois.

Angélique fut recueillie par une famille de brodeurs dont la maison jouxte la cathédrale de Beaumont. La famille brode de chasubles et autres accessoires ecclésiastiques pour les prélats. C'est pourquoi j'ai pris ce dessin de la cathédrale de Strasbourg pour illustrer mon Chaxi. Et mon Chabu est une ceinture de kimono brodée de fleurs dans des tons très moyenâgeux qui font écho à l'ambiance du conte. La théière blanche de Chine vient de DeHua et date de la fin de la dynastie Ming (seizième siècle). Cette blancheur et l'élégance naturelle du bec en forme de cygne renvoient à la chasteté d'Angélique.

Si seulement il existait un thé nommé 'Dame Blanche'! En fait, c'est une traduction possible de cette variation de Beauté Orientale appelée 'Bai Mei Ren' (blanche beauté) par mon fermier de San Hsia qui ne fait pas que du BiLuoChun vert!