Friday, July 27, 2018

Un nez et un palais de plus en plus sensibles


Beauté Orientale d'été 2017
Voici une histoire où mon nez, trop sensible, m'a empêché de déguster du bon thé!

Fin juin, je suis allé rendre visite à un de mes amis fermiers à Hsin Chu. Je lui ai acheté son Concubine Oolong de 2011 et le reste de son stock de Beauté Orientale d'été 2017. Ces thés étaient déjà emballés et je les connaissais depuis de ma précédente visite. Je n'avais donc pas eu besoin de les regoûter. D'ailleurs, cela n'aurait pas été possible ce jour-là, car le fermier arrivai de sa plantation et son odeur m'informa immédiatement qu'il y avait fait l'épandage de produits fertilisants organiques. Toute la pièce chelinguait affreusement! Il avait beau se laver les mains, il était clair que cette odeur n'allait pas disparaitre à moins d'une douche et d'un changement complet d'habit! Il me proposa d'infuser un de ses bons OB, mais je déclinai et partis rapidement après lui avoir acheté ses deux thés!
Je ne pense pas que mon départ précipité l'a blessé. J'imagine que dans son état, il devait surtout avoir envie de prendre sa douche et non de préparer du thé pour un client! De plus, qu'importe le thé choisi, ses arômes auraient été recouvert par cette odeur de m...! Cela n'aurait pas été un plaisir, mais une torture pour mon nez de rester un instant de plus dans cette pièce!
Je suis originaire de la campagne alsacienne et les odeurs de purin, de porcherie et de bouses de vache me sont encore assez familières pour ne pas être rédhibitoires. Mais dans le contexte du thé, mes 15 années d'apprentissage m'ont conduit à devenir de plus en plus exigeant. C'est au point que je ne porte plus de parfum ni de déodorant afin de ne pas sentir des odeurs artificielles pendant que je bois mon thé, toujours naturel!

A force de goûter des thés similaires mais différents, mon nez a appris à mieux distinguer ces petits détails qui forment le profil de chaque thé et infusion. L'homme s'habitue rapidement au luxe! Même avec les meilleures feuilles, j'y trouve toujours à redire. Les infusions vraiment parfaites restent une petite minorité. Mais quand cela arrive, le bonheur est immense et soutient facilement la comparaison avec les plus beaux mets et plus grands vins. La beauté fragile, unique et éphémère de chaque Chaxi lui donne une aura presque spirituelle...
Quand je suis chez moi ou bien quand je peux transporter mon Chaxi dans la nature, je contrôle entièrement la qualité du thé que je bois. Mais en voyage, ce n'est pas toujours possible ni pratique d'infuser le thé ainsi. Que faire quand on est devenu tellement sensible que l'on ne supporte plus les thés servis sur la route? Voilà 3 solutions:

1. Un gros thermos avec des feuilles à soi. Certains thés comme les Oolongs torréfiés ou les puerhs anciens supportent assez bien les très longues infusions en thermos (pourvu qu'on n'utilise que peu de feuilles). Et même si cette méthode n'est pas idéale, elle produit souvent de bien meilleurs résultats que les thés en sachet et/ou parfumés qu'on trouve en voyage.
2. Boire de l'eau plate ou de l'eau gazeuse! Des études récentes montrent que ce sont les sodas et les jus de fruits (toujours trop sucrés) qui sont les ennemis de notre santé. Le sucre est une gourmandise addictive dont il faut jouir à petite dose. Le plus simple est donc de boire de l'eau minérale et d'en profiter pour remarquer comment quelques dizaines de milligrammes de variations des minéraux donne un goût particulier à chaque eau minérale. (Personnellement, j'ai horreur de la Cristalline que je trouve pâteuse, une autre manifestation de mon hyper-sensibilité gustative!)

3. Mais parfois, la meilleure solution c'est la désensibilisation et la tolérance! Ainsi, au Vietnam, les restaurants servent souvent un thé léger et frais ("cha da") avec le repas (souvent très épicé). C'est loin d'avoir la puissance d'un Oolong de haute montagne, la finesse d'un BiLuoChun ou la complexité d'un Hong Shui Oolong, mais c'est généralement buvable. Et je les ai presque tous bus, sauf la fois où il me restait du Lishan torréfié de 1998 dans mon thermos: j'ai pu le diluer et le refroidir avec les glaçons qu'on nous avait apporté!
Il y a des moments où l'on doit apprendre à être réaliste dans ses attentes et à juger une boisson par rapport à son potentiel et non par rapport aux meilleurs thés que l'on a chez soi. L'extra sensibilité du buveur de thé doit être maniée comme un instrument pour trouver la meilleure alternative dans ce qui est possible de boire. Cela ne doit pas devenir un idéal inatteignable qui entraine à coup sûr la déception et le déplaisir.

Sinon on passe au règne de la Terreur qui suivit la Révolution française. Au nom d'un bel idéal, la liberté (le thé de qualité), on guillotine (on critique) tous ceux qui n'atteignent pas cet idéal. Ce n'est pas ainsi qu'on persuade les indécis, qu'on donne envie aux récalcitrants. L'idéal n'est pas fait pour être atteint sur-le-champs, mais pour nous servir de guide. La voie du thé (de qualité) est cet apprentissage progressif vers plus de pureté dans le goût, plus de naturel dans les arômes, plus de beauté dans le moment.

J'espère faire de mon mieux pour vous donner un exemple positif qui montre comment je vis le thé au quotidien. Mais quand ce n'est pas vraiment possible, je n'en fais pas un drame. Une boisson ordinaire me permet d'encore mieux apprécier mes Chaxi passés et futurs!

2 comments:

greg lafosse said...

Lorsque je me retrouve à devoir choisir entre différents (sachets de) thé, j'avoue ne pas avoir ta force de caractère et préférer prendre un café... qui reste, au grand dam de tous buveurs de thé, bien souventmeilleure qualité ( même pour le plus bas de gamme que leur offre de thé... mais si l'on me propose de vrai feuille entière alors là je me laisse volontairement aller à ces «découverte».

Pour la cristalline, je voudrais juste apporter une petite precision qui est la suivante :
«cristalline» est une marque déposé fournissant de l'eau mais qui ne s'appuie sur aucune source possible. Il «s'installe» sur une source local est à partir de là rayonne sur toute la région, réduisant ainsi considérablement les coûts de transport et donc de prix ( une des moins cher sur le marché).
Donc, en fonction de l'endroit ou l'on se procure la cristalline, l'eau contenue dans la bouteille ne sera pas la même ! Pour exemple, par chez moi la marque se fournit sur deux source différentes, «metzeral» et «la doye». Metzeral si elle peu semblé manquer un peu de relief est très pur avec un taux de residu à sec inférieur à 30 mg et un ph à 6,5.
En revanche « la doye» est tout bonnement infecte avec un taux de residu très élevé (223) et un ph à 7,5...
J'ai eu l'occase de tester d'autres source utiliser par la.marque mais rare sont celle qui furent concluantes.

À noter, même source sont parfois distribuer par d'autres et moins cher mais ceci est une autre histoire...

Enfin pour l'eau en france, la meilleure que j'ai trouvé est la mont calm, supérieur à la mont roucous, mais peu être en existe il d'autre aussi bonne, on ne connais jamais tout !

TeaMasters said...

Merci Greg pour ton commentaire et ces précisions pour la 'cristalline'. C'est très sensé.
J'essairai la Mont Calm lors de mon prochain séjour dans l'hexagone. Remarquons aussi que si l'on peut avoir une préférence pour une certaine eau, quand il s'agit de préparer du thé avec, le thé que l'on veut préparer jouera aussi un rôle: certaines eaux vont mieux avec les thés verts et Oolongs frais, tandis que d'autres vont mieux avec le puerh...