Friday, June 13, 2008

La petite histoire du nouveau Qizhong Oolong


Le Qizhong Oolong est un Wenshan Baozhong 'forêt subtropicale' (c'est à dire avec une oxydation un peu plus forte) qu'on a torréfié de manière intermédiaire (voir la photo ci-dessus: il est entre un Baozhong frais et le Shou Cha).

L'histoire commence cet hiver. Mon producteur de Baozhong me donne un échantillon de Rou Guei de Wu Yi (qu'il a acheté en gros pour le vendre à ses clients Taiwanais). Je le goûte et lui fait remarquer qu'il est trop 'vert', insuffisamment torréfié. Bref, il n'a pas le goût d'un Rou Guei traditionnel. Le producteur me demande si je peux lui procurer un échantillon d'un bon Rou Guei, afin qu'il sache quelle torréfaction il faut donner à ces feuilles. Or, j'ai la chance de posséder environ 60 grammes de Rou Guei Yan Cha (la meilleure qualité) rapporté de Wu Yi par mon 'teamaster', Teaparker. Je lui en envoie 4 ou 5 grammes pour lui rendre ce service. Quelques jours plus tard, il me dit qu'il trouve ce thé vraiment excellent, un vrai délice. Je le presse de torréfier le reste de son stock de Rou Guei, mais il semble me donner des excuses pour ne pas le faire. (Après tout, s'il arrive à le vendre 'vert', pourquoi risquerait-il une torréfaction?)

Il y a 2 semaines, je lui rends une nouvelle visite. Je demande à goûter du Baozhong torréfié, car mes stocks s'amenuisent. Il vient justement de faire un nouveau batch de Qizhong Oolong, avec les restes de la récolte de printemps 2006 (c'est aussi une manière de recycler les invendus). Je le goûte et le trouve très bon. Il me dit qu'il a changé sa torréfaction à cause de mon échantillon de Rou Guei. Je lui demande si il avait fait une torréfaction plus douce. Oui, c'est cela. Auparavant, il montait la puissance du four durant la torréfaction afin de donner un caractère puissant. Mais, avec mon Rou Guei, il a remarqué qu'il fallait, au contraire, la baisser afin de lui donner plus de calme et de moelleux.

J'ai fait une dégustation parallèle chez moi, et ces 2 différents caractères sont faciles à discerner. Et ce n'est pas que l'ancien Qizhong (en paquet de 50 gr) n'est pas bon, c'est surtout que le nouveau (en paquet de 100 gr) est bien meilleur! Les odeurs de forêts montagneuses sont plus profondes, chaudes. Il glisse en bouche et à travers la gorge. D'un coup, on se calme. Puis on sent son côté charnu sur la langue. Cela lui donne une très bonne longueur en bouche. Il l'on alterne les notes chaudes et les notes vertes. Un bel équilibre.

Le tout me rappelle vraiment ces superbes Oolongs des rochers de Wuyi que Teaparker nous a fait goûter (plus que le Dong Ding 'classique' ou le Shan Lin Shi légèrement torréfié, même si c'est aussi un Luanze (qingxin) Oolong au départ!)

Ayant pu contribué à sa réalisation, je suis particulièrement heureux de pouvoir le proposer dans ma sélection. J'en viendrais presque à espérer que mon producteur ait plus d'invendus dans l'avenir. Cela lui donnerait l'occasion de pratiquer plus souvent encore sa nouvelle technique de torréfaction!

5 comments:

Thomas said...

salut stéphane,

Concernant le rou gui Il y a une chose sur laquelle je m'interroge depuis toujours:
son nom signifie, si j'en crois les traductions en français, "cannelier"... Or, j'ai eu beau en gouter plusieurs je n'ai jamais trouvé cette note de canelle dans ce thé, alors que dans d'autres rochers très torréfiés ce n'est pas impossible d'y voir de la canelle...
Quid? de celui que tu as eu par Chi jung-sien que tu dis être le "top" en la matière...?

Stephane said...

Thomas,
En théorie, je crois qu'il faudrait percevoir cette note de cannelle. J'ai humé les feuilles sèches, mais ne l'ai pas trouvé non plus. Il faudrait que j'en prépare pour voir si on la retrouve dans le thé. J'essairai de me rappeler de ta question lorsque l'occasion se presentera..

T.alain said...

Très interressant,Stéphane,j'ai enfin compris pourquoi certains thés de WU YI ne me donnaient pas satisfaction.Ton commentaire est d'ailleurs très complémentaire d'un de ceux que tu avait posté sur le blog de Philippe (La Galette de thé) il y a déja quelques temps.Le temps de repos d'un thé très torréfié peu se révélé très long.Dailleurs il me semble que certains qui avaient pu boire ton TGY Hte torréfaction beaucoup plus "jeune" l'avaient trouvé très changé depuis.

SoL said...

cet article et l'expérience qu'il relate sont très intéressants Stéphane. Où l'on apprend que tu pourrais bien inflencer les créations de thé à Taiwan ! Compliments, vraiment !
Rou Gui, ou Cassia ou faux cannelier ? oui, j'ai la même interrogation que thomas ; mais je me dis finalement que c'est peut-être simplement l'aspect de la feuille sèche, un peu rêche, comme stone wached, qui évoquerait l'écorece du cannelier ?

Jacie said...

Effectivement je l'ai trouvé changé par rapport à celui que j'avais dégusté en 2006 (faisait partie du set des 5 thés de ping lin). Les parfums sont moins marqués mais plus subtils, plus ronds. Le côté grain de café- pain grillé sort moins et permet aux autres notes de mieux s'exprimer. Cela lui donne aussi plus de finesse que son prédécesseur.