Friday, September 12, 2008

Puerh '8892' d'Yiwu

Cette galette de puerh cru 8892 (88 pour 1988, 9 pour le grade de ses feuilles et 2 pour le producteur Menghai) a un emballage caractéristique complètement rouge. C'est pourquoi on a aussi donné le nom de Hong (rouge) Yin (impression) aux galettes ayant cet emballage. Ce design existe depuis les années 1950 au moins et fait parti des plus recherchés (mais aussi des plus copiés!). Cette galette '8892' a été faite pour s'inspirer de la renommée des galettes Hong Yin passées. Des feuilles d'Yiwu et de bonne qualité ont été employées. J'aime bien aussi le pressage de la galette. Les feuilles sont faciles à décortiquer sans se morceller entre les doigts.

Mais comme de nombreux puerhs anciens commerciaux, cette galette exagère un peu sur son âge: elle n'est pas de 1988, mais a quelques années de moins (impossible de le dire quand avec exactitude). Le numéro '88' se prononce comme papa (baba) en chinois et apporte un plus marketing en Chine. C'est d'ailleurs pour la même raison que les JO ont commencé officiellement le 8 août (8e mois de l'année) à 8 heures 8 minutes (de l'année 2008 en plus!) Pour lui donner un goût un peu plus ancien qu'elle n'est, elle a passé un certain temps en stockage humide. Mais comme cela fait plus de 10 ans qu'elle en est sortie, elle a eu le temps de se reposer et de s'affiner.
Comme pour tous les thés, l'important n'est pas son emballage, son âge ou sa renommée, c'est le plaisir qu'on en retire. Et avec l'automne qui pointe son nez, j'ai de nouveau envie de puerh bien mûri!
Pour mon Cha Xi, j'utilise un plateau en céramique sur ce Cha Bu avec feuilles, une Nanfang Xiaopin et des petites coupes Qing. La théière en glaise donne plus de profondeur et de chaleur à ce puerh. La différence avec le gaibei analytique est flagrante. Sa conservation humide est surtout perceptible avec le gaiwan.

En théière, les autres caractéristiques de puerh ancien (forêt d'automne, bois, champignon, camphre...) dominent. Il coule rondement bien en bouche. Il a de la finesse, du moelleux et de la concentration. La force du cru est bien là et s'exprime par des picotements sur la langue et une sensation fraichement mentholée dans la bouche. Il est intense tout en restant équilibré dans ses fragrances et saveurs.

Plus vont les infusions, plus le thé se calme et devient moelleux. Les feuilles humides sont ouvertes et sentent le bois ancien et le camphre.

Au final, je suis positivement surpris par ce puerh. (J'avais eu l'occasion de le goûter il y a quelques années sans le trouver si bon). Je rajoute donc cette galette à ma sélection. Elle sera notamment disponible en taille d'échantillon (20 grammes) afin de vous donner l'occasion de découvrir un exemplaire réussi de puerh mûri.

8 comments:

Philippe said...

Euh Stéphane, ça me surprend un peu ce que tu dis-là. Il me semblait que les deux premiers chiffres correspondaient à l'année de l'élaboration de la recette et non à l'année de fabrication de la galette. Donc forcément, des galettes 88xx il peut y en avoir de toutes les années (à partir de 1988 bien-sûr).

J'espère ne pas me tromper en disant ça, mais je pense que je suis assez dans le vrai ou alors m'aurait-on menti à l'insu de mon plein gré ;-)

Thomas said...

J'ai les même infos que toi Philippe...
Mais je pense que stéphane parle d'une galette 8892 de 1988 (ou voulue pour telle...)

c'est un peu paradoxal d'avoir repris l'esthétique des Galettes des 50's pour une recette inventée en 88, cette recette 8892 a-t-elle des caractéristiques en commun avec les "red mark" de sannées 5O?

Aussi une question que je me posais sur le Galette qui ont connu un stockage "humide":
On voit très régulièrement sur les galette des années 90 "stockée" humide" des traces blanches et des petits champis, alors que sur des galettes des années 80 qui ont aussi connu une période de stockage humide dans leur jeunesse, on voit peu ces traces visuelles d'un stockage humide.
Faut-il en conclure qu'après une période de "stockage sec" ces traces finnissent par disparaître ou bien les "stockage humide" des années 80 était-il moins humide et/ou mieux maitrisé?

En tout cas belle trouvaille que ces pu er qui viennent de s'ajouter à ta sélection alors qu'on dit partout que les vieux puer mûrs ont pour la plupart disparut du marché (du moins pour ceux qui ne veulent pas se ruiner...)

Stephane said...

Philippe,
Il y a effectivement un grand nombre de galettes chez lesquelles on reprend le même numéro de recette pour les années suivantes.

Mais dans le cas du Hong Yin (Red Label) quelqu'un a eu l'idée de donner un nom de recette au cru (supposé) de 1988, notamment parce que cela sonne bien. Tu noteras peut-être qu'on retrouve des galettes plus récentes avec le même design d'emballage rouge sans qu'on fasse référence au 8892. On préfère s'inscrire dans une lignée la plus ancienne possible.

L'exception qui confirme la règle, quoi.

Thomas,
Une galette 7542 en 1975 (pour prendre une recette très connue) est certainement très différente d'une 7542 en 2007. Et cela pour plein de raisons (évolution des goûts, des quantités produites, des coûts, des conditions climatiques...) Je dirais que la recette ou le label (rouge ici) ou la marque, c'est souvent un caractère, un style et parfois aussi une garantie de qualité (sauf quand cela génère des copies qui veulent profiter d'une notoriété qui ne leur appartient pas).

Oui, le puerh est un matériau vivant qui évolue dans le temps. Si bien que ces traces blanches disparaissent après un certain temps en conditions plus sèches.

Loula said...

Je suis un peu loin de tout ça, mais je me suis permis de mettre en ligne ma non participation aux jeux presque olympiques du thé!

Chouyin said...

Bonjour Stephane
Comment faire pour vous commander du thé, notamment votre Pu'erh 8892 Yiwu
Votre blog est magnifique de connaissance, et de sensibilité
Merci

Stephane said...

Loula,
Cela me fait plaisir de voir que mon blog t'inspire!

Chouyin,
Envoie-moi un e-mail à: stephane_erler@yahoo.com
Merci!

Michel said...

Le red mark est un incontournable de tout collectionneur de pu ehr! un délice.

Philippe said...

Bonjour Stéphane,

J'ai acheté une galette de ce thé a Kunming en janvier 2007. Effectivement, le vendeur nous l'a vendu pour un thé d'une dizaine d'années. Notre galette a longtemps été stockée a Kunming. Nous l'avons emporté au Laos. Les premiers temps, les infusions étaient d'un beau jaune clair. Mais après seulement 3 mois a Vientiane, elles ont changé de couleur pour devenir rouge sombre... Ce changement,sur un temps aussi court, a été aussi spectaculaire qu'inattendu ! Au niveau du gout, par contre les changements ont été beaucoup plus discrets !
A l'achat notre vendeur ne nous a pas indiqué que les feuilles étaient originaires de Yi Wu. Crois-tu qu'il puisse existe des galettes avec des feuilles de différentes origines ?