Monday, February 01, 2010

Dégustation d'un Jin Cha des années 1930

Il s'agit d'un puerh en forme de champignon, issu du Mojiang (Yunnan) et destiné aux moines du Tibet. Pressé manuellement, on voit encore bien sur le pied la marque du tissu enroulé ; cela fait comme une spirale. Le plus étonnant, quand on prend ce puerh en main est l'impression de légerté. Il est complètement sec.

Mon généreux hôte en décortique quelques grammes. Il préchauffe trois fois une petite théière ancienne en zisha d'aspect rustique et crue. Elle n'est pas élégante pour un sou, mais elle est vraie, dotée d'une personnalité forte. L'eau chaude la réveille et ses pores se mettent à briller.

L'infusion dure une ou deux minutes.
L'infusion est sombre, mais pas opaque.

Les impressions sont d'un thé pur, épais, bon, puissant. Je pense bon avant de penser vieux. Il a gardé une force limpide. Mon esprit s'éclaircit tout d'un coup. Je me sens bien. Dans toute la bouche, il y a comme un film épais et doux qui reste et me donne du plaisir. En odeurs, je sens du vieil encens très fin et précieux. Dans la coupe vide, je sens du chocolat noir et de la Kahlua (liqueur de café). C'est léger, c'est harmonieux, c'est parfait.

D'où viennent ces feuilles? Elles venaient des vieux arbres de puerhs qui poussaient naturellement aux environs des producteurs. Dans les années 1930, personne n'utilisait d'engrais ou de désherbants. Le Yunnan était une région pauvre. La demande relativement faible ne nécessitait pas de nouvelles plantations. La méthode de production était relativement simple. Il n'y avait pas de recettes ou de gradation. Tout était pressé ensemble.

L'ingrédient le plus essentiel, c'est la qualité de départ de ces feuilles d'arbres sauvages. C'est de là que viennent la pureté et la force de ce thé si vieux et si vivace à la fois.

4 comments:

Beschuit said...

Stephane, did you write this yourself? The calligraphy looks great!

Sacha said...

Très bel article, j'aime la description des suites de sensations, au-delà des arômes et détails techniques. Être en présence d'un trésor et lui laisser nous parler, à son rythme, se découvrir, résonner avec lui au même diapason.

Stephane said...

Thanks Beschuit.
No, it's from my father in law.

Merci Sacha,
tu as bien compris l'état d'esprit de cet article.

ginkgo said...

incroyable ! c'est beau