Thursday, October 09, 2014

La méthode précieuse


Puerh cru sauvage de Lincang de 2006
Il existe mille manières de préparer le thé. Et quand les feuilles sont très bonnes, il est difficile de le rater. Il s'agit surtout d'utiliser son bon sens pour adapter la technique aux accessoires choisis.

Voici, par exemple, comment j'ai infusé mon puerh cru sauvage de Lincang de 2006 aujourd'hui. C'est un thé très précieux dans ma sélection. D'abord par son prix. Ensuite par ses 8 printemps déjà. C'est aussi le meilleur puerh jeune que j'ai jamais pu boire (excepté peut-être l'une ou l'autre galette faite d'un seul arbre). Ses feuilles sont surtout des bourgeons et proviennent d'abres centenaires de haute montagne. Depuis, ces arbres ne sont plus disponibles à la cueillette, car protégés par les autorités locales. Avec le temps, les arômes de ce puerh deviennent de plus en plus profonds et intenses. La raison voudrait qu'on le laisse se bonifier encore pour voir sa valeur monter. Mais le puerh qu'on aime, c'est comme un enfant: on a envie de le voir grandir et évoluer chaque saison. Et l'automne est aussi celle du puerh...
Par curiosité, j'ai pesé le poids des feuilles que je m'apprête à infuser: 2,4 grammes seulement! Il s'agit de brisures et de restes de décorticages passés. Mais cela me suffit pour cette cette méthode où les feuilles sont précieuses et l'équipement également. En effet, j'utilise une petite théière en argent. Elle convient bien aux bourgeons et ce faible dosage correspond à l'esprit thé vert en bourgeons.
Les temps d'infusion se comptent en minutes (mais je ne les compte pas!) C'est l'expérience qui sert de guide.
Sur cette belle ceinture (obi) de kimono, j'utilise un cha dian (une assiette pour les coupes) et des Cha Tuo pour chaque coupe Dehua afin de protéger le précieux tissu.
L'infusion prend une belle couleur dorée. L'argent fait ressortir son goût vif et frais. La particularité de ce puerh est comment il tapisse tout le palais et la bouche de sa substance. Mais cela n'est ni lourd ni désagréable. Bien au contraire...
Les parfums sont jasmin et rose et un encens très fin et subtil. La transparence de l'infusion est excellente. Cette pureté se retrouve dans les arômes.
Avec si peu de feuilles et des temps d'infusion longs, la session se limite à 4 ou 5 belles infusions. Le temps aussi est précieux, surtout en journée. La pause thé se veut intense et pleine de sens et de raffinement.
Cet obi a des motifs d'hexagones qu'on ne voit pas du premier coup d'oeil, car on est d'abord attiré par ces grands motifs clairs de fleurs ouvertes. C'est une beauté subtile, à l'image des variations de couleur noire sur un bol Jianyang, et à l'image de ce puerh qu'on appelle à tort 'sauvage'. Il brille par sa pureté, sa force et sa finesse. Il a grandi libre et c'est lui le plus cultivé, le mieux élevé!

2 comments:

alainthé said...

bonjour Stéphane, je vois que tu utilises une jarre métallique. Peux-tu nous dire si ce type de jarre est bon pour la conservation et l'amélioration du thé sur une longue durée ? pour quel type de thé ? et quel type de jarre métallique ?
Encore merci pour ton blog qui nous apprend chaque jour un peux plus sur la longue voie du thé
Alain

Stephane said...

Bonjour Alain,
Merci pour tes questions et tes visites sur mon blog.
Il s'agit d'une boite en étain (pewter en anglais) et qu'on trouve au Japon surtout (même si elles trouvent leur source en Chine de la dynastie Qing). Elles conviennent particulièrement bien pour garder la fraicheur d'un thé vert et pour réduire les goûts de torréfaction d'un Hung Shui Oolong. C'est pour des durées courtes ou longues.