Tuesday, October 09, 2007

Ma voie du thé, un parcours semé d’embuches

Marié et père de deux enfants franco-taiwanais, cela fait plus de 11 ans que j’habite Taiwan. Amateur de vin blanc d’Alsace, ma région d’origine, j’ai rapidement été séduit par le Oolong taiwanais. Sa couleur dorée, ses odeurs fleuries et sa longueur en bouche m’ont donné des sensations gustatives très proches de mes Pinot Gris. Je ne ratais pas une occasion d’en déguster chez mes amis chinois. J’étais chaque fois aux anges.

Aussi, je décidai rapidement de m’équiper pour faire mon gongfu cha moi-même. Sans vraies connaissances en la matière, je fis un peu comme me confia un jour un patron chinois : « Je n’y connais rien au vin, alors je choisis toujours le plus cher » pendant sa commande d’un Chateau Latour, 1er grand cru classé. Sans avoir les mêmes moyens financiers que lui, je fis un peu pareil et dépensais relativement beaucoup d’argent sans bien comprendre, juste pour être certain d’acheter de la qualité.

Ainsi, à Yingge, la capitale de la poterie de Taiwan, j’achetai une théière de maitre faite à la main en terre rouge. Sa finition était parfaite et sa forme sobre et classique. Chez les marchands de thé, je boudais les oolongs de plaine peu chers et n’achetai que du Oolong de haute montagne.

Et pourtant, chaque fois que je préparais mon oolong chez moi, j’étais déçu du résultat. Il sortait amer et avec peu d’odeurs fleuries. C’est comme s’il avait été étouffé. Je me sentais bête et exclus de ce monde chinois dans lequel je cherchais à m’assimiler. En variant un peu mes ustensiles et mes thés, j’obtins parfois des meilleurs résultats, mais sans comprendre pourquoi.

Ma femme m’inscrit alors, il y a 5 ans, à une série de cours de gongfu cha proposé par maitre Chih Jung Sien à l’occasion de la sortie de son livre « Mon premier livre de gongfu cha » (disponible uniquement en chinois). Cela ressemblait beaucoup à un cours d’oenologie que j’avais eu l’occasion de suivre un jour en France.

Chaque cours commençait par une partie théorique sur un thé précis. Maitre Chih (aussi appelé Teaparker en hommage à Robert Parker, le critique de vin mondialement connu) nous enseignait son histoire, sa méthode de fabrication, comment distinguer le bon du mauvais et comment le préparer de manière optimale. Puis, durant la seconde partie du cours, nous passions aux ‘travaux pratiques’ et chacun préparait le même thé avec la même eau et le même zhong, l’instrument idéal pour commencer.

En comparant nos infusions, je fus très surpris de la variété des résultats obtenus par les uns et les autres, surtout avec les Oolongs. Mais pour moi, le plus extraordinaire était de voir comment maitre Chih réussissait toujours à faire le même thé bien meilleur que nous. J’avais chaque fois l’impression d’être témoin d’un petit miracle : qu’importe le thé, il arrivait toujours à le préparer de manière optimale pour lui extraire ses meilleures saveurs.
Fort de ces nouvelles connaissances, mes thés sont devenus de mieux en mieux réussis, meilleurs pour le plus grand plaisir de ma femme ! Intrigué par la technique ‘prodigieuse’ de maitre Chih, j’ai vraiment eu envie de me perfectionner avec son aide et continue de le voir régulièrement pour suivre son enseignement. Pour la petite histoire, je montrai un jour ma première théière d’Yingge à maitre Chih. Il la regarda, la sentit et me dit que j’avais essayé d’y faire du oolong fleuri dedans, mais que les odeurs avaient du mal à s’y exprimer ! Pourquoi ? Parce qu’elle a été lustrée avec un peu d’huile pour la rendre plus jolie, une pratique commerciale assez répandue, malheureusement. Or cette huile bouche les pores de la glaise et l’empêche de respirer. Il me conseilla alors de l’utiliser pour les vieux Oolongs, des thés pour lesquel ce défaut ne gêne pas. Je tenais enfin l’explication de toutes mes frustrations passées.

Conscient de ma chance unique d’avoir trouvé un tel expert enthousiaste du thé, j’ai créé ce blog pour partager mes nouvelles connaissances, mes expériences et mes découvertes avec les amateurs de thé chinois de part le monde.

Plus j’avance sur cette voie, plus je remarque que le monde du thé et son histoire millénaire sont immenses. Prendre la voie du thé est donc un apprentissage de modestie. Mais c’est aussi une manière très intéressante d’étudier le monde chinois, ses différentes dynasties, sa culture, sa géographie... Le voyage ne fait que commencer!

9 comments:

éric said...

"Prendre la voie du thé est donc un apprentissage de modestie."
La voie du thé,mais aussi la voie d'une vie,de la vie.

(Stéphane,bien reçu ton colis il y a une heure,merci pour tous les extras,c'est parfait comme d'habitude,bonne journée à Taiwan)

Anonymous said...

Tu réponds aux questions que je me posais te concernant : quel était ton parcours, qeul avait été le déclencheur de cette passion etc ... Merci de nous faire partager ton apprentissage de cette très enthousiasmante voie du thé !

Hélène

éric said...

Bonjour Héléne
Envoie moi ton adresse de courriel à :
chimeric220@laposte.net
@+
éric

bejita said...

eric l'homme aux mille email ( pas facile à dire :-D ).
sinon Eric , je suis d'accord avec ce que tu ecris ( comme souvent ;) )je dirai même plus : la voie du thé , c'est la voie de la vie ;-)


sinon Stephane il me semble que as deja evoqué ce parcours sur ton blog en parlant de ta premiere théiere trop brillante du 4 novembre 2005 ( que le temps passe vite !!! )
j'ai hate d'etre dimanche pour pouvoir gouter enfin aux thés que je t'ai commandé et pour lesquels je ne manquerai pas de te laisser un commentaire ;-) ( tu as vu que j'ai un peu triché avec le da yu ling ... mais ma femme ne le sais pas , alors silence :-D )
merci pour toutes tes experiences qui nou enrichissent à notre tour

Tommy said...

Vraiment passionnante cette histoire!

Depuis que j'ai commencé mon voyage dans le monde du thé il y a 2 ans, je me suis procurer des thés un peu partout sur internet. Je dois te faire un aveu, à chaque fois que je me dit: "Aujourd'hui je me gâte et je me fais un BON thé!!!" et bien c'est toujours un de ceux que je t'ai commandé que je sors de mon armoire!

Je me demande bien quel chemin aurait pris mon voyage si tu n'avais jamais démarré ce blog...

Merci de nous partager ta passion!

Benead said...

Comme les autres je ne peux que te remercier, te remercier pour tout les bons conseils que tu nous donne, te remercier pour cette incroyable qualité de produits que tu nous vend (j'espère ne pas être déçu de la commande que je vais passer un de ces jours, je ne vois d'ailleurs pas pourquoi), et merci aussi de nous raconter ton histoire qui nous rappelle que comme nous tu as un jour été ignorant et que c'est avec le temps qu'on acquière tout ces savoirs.

Merci pour tout

Benead said...

Comme Stéphane me l'a fait remarqué je me suis mal exprimé, je voulais dire que j'espérais prendre autant de plaisir avec cette seconde commande qu'avec la première passé il y a quelques mois.

Anonymous said...

Greetings Stéphane,

Why is the Gaiwan the ideal instrument to brew tea? Can gaiwans be used for all tea types with success? If so, why spend money on expensive yixing teaware? Excuse my ignorance.

best,
Israel

Stephane said...

Merci pour tous vos compliments. Cela me fait chaud au coeur.

Israel,

I'm a fan and regular user of gaiwan. Yes, it's a very good tool for beginners and professionals alike. Its advantages are the low cost and the fact that it is almost neutral on the tea.

Why teapots then? Well, the good ones will improve the taste of the tea and there is something more sensual and beautiful about tea coming out of a teapot (vs a gaiwan).