Thursday, June 30, 2011

'Formosa Oolong Tea' - 100 ans de fragrances, Second Jour

Premier intervenant de l’après-midi du 20 juin, je présente rapidement mon blog au public. Le thème de mon exposé est le thé en France. Pourquoi consomme-t-on 10 fois moins de thé en France qu’au Royaume Uni ?

Le Portugal importa le thé en Europe en 1610 et la France commença à en boire en 1636, avec 20 ans d’avance sur les Britanniques. Mazarin en buvait contre la goutte. En 1657, le Collège de France reconnut les vertus thérapeutiques du thé sous la pression de Pierre Séguier. Louis XIV s’y mit en 1665, car il apprit qu’en Chine et au Japon, les souverains n’avaient pas de problèmes cardiaques grâce au thé. Louis vécut 77 ans, un âge formidable en cette époque. Mais le thé resta cher et seuls la noblesse ou de riches marchands arrivaient à se le payer.

En 1669, le café et le chocolat firent son apparition lors de la visite de l’ambassadeur de Turquie à Louis XIV. Le thé était soumis à la concurrence de ces deux nouvelles saveurs. Si bien qu’il resta la boisson de l’aristocratie. Les révolutionnaires de 1789 rejetèrent ce symbole de l’ancien régime. Aussi, le café s’imposa en France.

Il faut attendre 1848 pour qu’une mode anglaise redonne des ailes au thé en France. En 1854, Mariages Frères, la plus vieille marque de thé française encore en activité, fut créée. Son savoir-faire réside surtout dans le blending, les mélanges.
De nos jours, Lipton domine le marché, mais le thé de masse ne progresse que lentement. C’est le segment du thé haut de gamme qui croît le plus. J’y vois 3 raisons majeures :

1. La santé : comme Mazarin, on boit le thé pour être en forme.

2. La carte du luxe : boisson « royale », certaines marques jouent sur la notion de luxe. C’est vrai notamment dans la mesure où le luxe c’est de prendre son temps.

3. Un plaisir de gourmet. La France est le pays de la gastronomie et du vin. Les thés de qualité offrent les mêmes plaisirs, sans la nocivité de l’alcool.

La seconde partie de mon intervention est mon Cha Xi ‘Art Nouveau’ des années 1920/30. Il fait parti d’une série de 3 Cha Xi célébrant les 100 ans de la République de Chine (établie en 1911). Le lien entre les deux parties sont les prix internationaux gagnés par l’Association des Marchands de Thé de Taipei au début du XXe siècle. En 1900, à l’exposition universelle de Paris, le Oolong de Formose gagna le premier prix du concours. Pareil en 1911 à Turin, en Italie. Et en 1915, à San Francisco pour l’ouverture du canal de Panama. C’est d’ailleurs une copie de ce prix d’excellence de l’exposition de Panama que je tiens dans mes mains.

C’est aussi la raison pour laquelle je porte un chapeau ‘Panama’, un chapeau de paille réalisé à Montecristi en Equateur : ce genre de chapeau était très à la mode au début du XXe siècle.

Pour mon Cha Xi ‘Art Nouveau’, je me suis mis dans la peau d’un Français des années 20/30 qui aurait appris l’art du thé de Chaozhou, appelé gongfu cha. C’est pourquoi j’utilise une petite théière en zhuni d’Yixing et des petites coupes en porcelaine, alors qu’en Europe, le thé se buvait en grande théière avec des tasses munies d’anses.

Le choix du thème ‘Art Nouveau’ s’est imposé à moi, car tel était le style de cette jarre en étain de cette époque. On y voit bien les branches qui s’élèvent du sol, leurs feuilles et fleurs. L’art nouveau se caractérise par son inspiration de la nature et de sa croissance organique. Les lignes sont courbes au lieu d’être droites. C’est pourquoi, j’ai choisi 2 tissus aux couleurs de la terre, l’un avec des fleurs.

L’art nouveau fut aussi un mouvement pluridisciplinaire. C’est ce que j’ai cherché à exprimé avec la statue en bois de Bali (on y verra aussi un clin d’œil à Gauguin à Tahiti, un précurseur de ce mouvement). Les 2 papillons en cristal sont des références à Lalique et Baccarat. L’emploi de Cha Tuo en étain, d’une bouilloire en fonte ou bien la dorure sur le bol noir émaillé de David Louveau témoignent aussi d’un art qui rassemble un grand nombre de savoir-faire.


Le dernier accessoire de mon Cha Xi est un de mes livres préférés : ‘Belle du Seigneur’ d’Albert Cohen. Publié par la Pléiade, le livre a un design classique. Ce roman est une histoire d’amour qui a lieu dans les années 1930. Son thème correspond bien à l’idée que se font les Taiwanais des Français : le romantisme! J’ai lu quelques lignes du chapitre XLV : « Donc au moment opportun se lever, verser le thé lentement, lui demander sans servilité s’il voulait du thé ou du citron. Elle essaya. « Lait ou citron ? » »

Ce fut la première fois que le public m’entendit parler en français. Comme je n’arrêtais pas de poser des questions pour voir si les gens me comprenaient en chinois, le public me dit être touché par la mélodie de ces phrases en français. Je décidai de lire le dernier paragraphe de ce chapitre :

« Lèvres tremblantes, elle lui proposa une tasse de thé. Il accepta avec impassibilité. Guindée, les joues enflammées, elle versa du thé sur le guéridon, dans les soucoupes, et même dans les tasses, demanda pardon, tendit d’une main le petit pot à lait et de l’autre les rondelles de citron. « Laine ou coton ? » demanda-t-elle. Il eut un rire, et elle osa le regarder. Il eut un sourire, et elle lui tendit les mains. Il les prit, et il plia le genou devant elle. Inspirée, elle plia le genou devant lui, et si noblement qu’elle renversa la théière, les tasses, le pot à lait et toutes les rondelles de citron. Agenouillés, ils se souriaient, dents éclatantes, dents de jeunesse. Agenouillés, ils étaient ridicules, ils étaient fiers et beaux et vivre était sublime. »

En pleine impro, je m’agenouillais également durant ma lecture et la salle éclata en applaudissements à la fin de mon texte !

Du thé à l'art nouveau, puis du roman au théâtre!

L'heure d'une autre performance a sonné: celle de la préparation d'un Hung Shui Oolong de Dong Ding du printemps 1980! C'est ce vieux Oolong que Teaparker m'a donné pour nous replonger dans l'atmosphère des années 1920/30. Les heureux dégustateurs furent enchantés par ce doux nectar, encore si vibrant de vitalité.

Deux autres Cha Xi célèbrent le thé de la République de Chine. Ci-dessous, mon amie Evon a préparé un Cha Xi des années 80. C'est ainsi que le thé au jasmin était préparé dans les buvettes des chemins de fer de Taiwan:
Et pour finir, un Cha Xi 'moderne'. Il s'agit du retour aux sources de la tradition et à la sobriété. C'est un Cha Xi citadin qui cherche une connection avec la nature pour retrouver équilibre et paix intérieure.
Encore un grand merci à tous les participants de cette journée. Teaparker et Pauline pour l'organisation, Jason et John pour les photos et tous ceux et toutes celles qui m'ont aidés et écoutés!

4 comments:

Nicolas said...

Bonjour Stéphane,

A voir la joie sur les photos, j'aurais aimé être présent pour voir cette mise en scène théatrale.

Bonne journée
Nicolas

Stephane said...

En laissant un commentaire, c'est comme si tu avais été là!
Merci,

Stéphane

Cyril C. said...

Ton Cha Xi Art Nouveau est également un bel hommage à tous les artistes de cet époque qui étaient fascinés par l'Asie et tout particulièrement par le Japon! (je suis originaire de Nancy qui est très fière de son école art nouveau!)

Stephane said...

Cyril,

Tu fais bien de mentionner Nancy. En effet, ce fut un centre de l'art nouveau (et la ville de mes études supérieures!)

Autre petit ajout: le choix de ma plante. Il s'agit d'une espèce d'arbuste asiatique qui comporte fleurs et piquants. Comme des roses, il nous rappelle la beauté de l'amour, mais aussi le fait qu'on peut se faire mal si on ne fait pas attention!