Friday, October 01, 2010

Donner du temps au thé de qualité

Ce n'est pas un secret. Pour faire du thé de qualité, il faut du temps, beaucoup de temps. Considérez donc tout cela:

Pour récolter des bonnes feuilles, le fermier prend le temps de bien s'occuper de sa plantation:

- Le chemin jusqu'aux plantations les plus hautes et montagneuses est long et difficile,
- Désherber manuellement est plus lent que l'épandage de désherbants,
- Au lieu de faire de nombreuses récoltes qui épuisent le sol, le fermier donne aux théiers le temps d'absorber toute la force dont ils ont besoin naturellement.
- La récolte manuelle d'une plantation à flanc de montagne demande plus de main d'oeuvre que les récoltes mécaniques.


Le processus de transformation des feuilles en thé nécessite un maitre bien formé et très expérimenté. (L'acquisition de ce savoir-faire nécessite du temps.) Chaque étape (flétrissage, oxydation, roulage, séchage et torréfaction -pour le Oolong, par exemple-) demande attention et rigueur. Trop souvent, l'oxydation des Oolongs de haute montagne est abrégée trop tôt et produit des Oolongs trop verts et astringents.

La torréfaction au charbon de bois a longtemps été la spécialité des marchands de thé. Ils avaient des employés qui se spécialisaient dans cet art. De nos jours, avec la baisse de la consommation de tels Oolongs, la torréfaction est le plus souvent faite par les fermiers. Aussi, par manque de savoir-faire et pour gagner du temps, lorsqu'on leur commande du Oolong torréfié, ils torréfient dans des fours électriques trop chauffés et pas assez longtemps. Les feuilles ont souvent un petit goût de brûlé.

Pour acheter du bon thé, il faut soit passer du temps à goûter de nombreux échantillons ou bien s'en remettre à un marchand qui fera cette sélection. Il faut aussi passer du temps pour scruter son goût, ses préférences. Quel genre de thé mon nez, mes papilles, mon estomac... préfèrent-t-ils? Si le nez donne une réponse immédiate, il faut savoir attendre plusieurs minutes pour savoir comment le corps réagit.

Un thé infusé en moins de 5 minutes sur le coin d'une table sera moins réussi qu'un thé préparé avec gongfu. Plus vous prenez de temps pour penser et préparer votre Cha Xi, l'harmonisation du thé et des accessoires, meilleur seront les infusions. Et plus vous accumulez d'expérience, meilleurs seront vos prochaines dégustations.

De nombreux thés se boivent frais et jeunes, mais les plus exceptionnels sont les vieux Oolongs et puerhs (de qualité au départ). Savez-vous leur donner du temps et votre attention pour les laisser se bonifier?

Au final, si tout se passe bien, le thé nous rend au centuple ce qu'on lui a donné. Le bonheur est si grand qu'on a qu'une envie, le partager. Les empereurs et mandarins composaient des poèmes suite à leurs libations. De nos jours, nombreux sont ceux qui bloguent... Ce bonheur du thé, transmis par mots et photos, est éternel!

3 comments:

Nicolas said...

Merci de cet article qui permet de souligner la valeur des choses bonnes et authentiques.

Le temps est nécessaire pour engendrer et maturer le Thé.

Le temps continue aussi de s'écouler doucement chez moi avec une jarre renfermant du Shui Xian déjà prêt à consommer. Il lui reste un peu de feu à transformer avant de trouver un arôme plus subtil.

Proposeras-tu des thés plus anciens ou à la torréfaction forte pour nous réchauffer cet hivers?

Amicalement
Nicolas

Stephane said...

Nicolas,
J'ai remplacé le Tie Guan Yin haute torréfaction de 2005 par un cru de 2008, très très similaire, vu qu'il vient du même maitre.

Sinon, parmi mes Hung Shui Oolong, l'Ali Shan de 2009 est probablement le plus torréfié et puissant.

Nicolas said...

Je n'avais pas remarqué que le TGY 2005 avait été remplacé par le TGY 2008.

Je vais craquer, je le sens...