Sunday, November 13, 2005

Gaibei test


Comme vous le voyez sur la photo, j'ai fait un test avec 3 gaibei et 3 cruches différentes (mêmes coupes). Le thé employé est un bon bi luo chun du Jiangsu, très parfumé.

A gauche, mon grand gaibei aux parois épaisses.
Au milieu: mon nouveau gaibei blanc crème, aux parois super fines.
A droite: mon ancien gaibei blanc bon marché, aux parois fines.

Résultat: La taille des parois a une influence décisive sur l'amertume et l'acidité du thé. Comme d'hab, je l'ai préparé avec une eau juste bouillie, mais en versant doucement sur les parois et non sur le thé directement. Le gaibei aux grosses parois est celui qui a gardé la chaleur le plus longtemps, et donc aussi celui qui a donné le thé le plus amer au goût. Mais même au nez, j'ai trouvé le gaiwan du centre supérieur à celui de droite. De pas beaucoup, mais suffisamment pour amortir la différence de prix.

N'ayant pas trois fois la même cruche, je dus en employer des différentes:
- A gauche: une tasse d'un set pour tester les oolongs lors des compétitions.
- Au milieu : ma nouvelle cruche aux parois fines, joli design et prix élevé.
- A droite: mon ancienne cruche aux parois normales et peu chère.

Cette fois-ci, l'ustensile le plus cher fut le moins bon! Ses fines parois laissent le thé refroidir trop vite. Les deux autres, préalablement chauffés, gardent le thé chaud plus longtemps.

Deux leçons:
- Transvaser le thé cause une perte de chaleur qui influe négativement (pour la plupart des gens, mais il y a des exceptions) sur le goût du thé. Le mieux est même de verser directement tout le thé dans toutes les tasses.

- Un joli design, un bon matériau et un prix élevé ne donnent pas forcément de meilleurs outils pour le thé. La cruche le prouve. Mais c'est aussi ce que je constate régulièrement à Taiwan chaque fois que je vois des théières. Seul un très petit nombre de fabricants mettent l'accent sur sa fonction et non sur son design. C'est d'ailleurs surtout le cas pour les théières signées et vendues très chères.

4 comments:

Antoine said...

Bonjour,

Suite à une ballade dans le quartier chinois de Paris, je viens d'acquérir deux gaibei, et j'ai fait également des tests.
Le thé utilisé est un bleu/vert "imperial narcisse", très parfumé et agréable.
Le premier gaibei testé vient de chez Kawa: extérieur décoré (un peu trop d'ailleur), intérieur blanc, parois assez épaisses.

Le second vient de chez Tang: un peu plus grand, décor intérieur/extérieur (bleu sur faïence blanche), parois plus fines.

Et bien aucun doute possible, le second, bien que plus "grossier" dans sa finition, donne le meilleur thé, et de loin. Et pourtant son prix est véritablement ridicule! Il me permettra de m'entrainer avant de passer à un modèle plus haut de gamme...

Et dans la série des tests, et bien j'avais également acheté une petite théière Yixing, et des mini bols de dégustation (3 tout petits, et 3 un peu plus grands), en terre cuite, intérieur faïence blanche.

Je refais le même thé, avec la théière cette fois, et je verse dans deux "mini bols" et deux plus grands. Dégustation. Dans les bols minuscules, le parfum (au nez) est leger, en bouche il lui faut une petite seconde pour "s'épanouir". Dans les bols un petit peu plus grands, le parfum semble un peu plus présent, en bouche la aussi les arômes semblent plus présents, arrivant plus vite. Je prends alors le bol dans lequel j'ai versé le reste du thé (dimensions 5,5 cm de haut, 11 de diamètre, faïence bleue/blanche), et surprise: encore plus de parfum, de goût.

Je cogite un peu, et, amateur occasionnel de bons vins, je me souvient que l'on "goûte" autant avec le nez qu'avec les papilles.
Un test simple est de se pincer le nez, et de prendre une petite gorgée de thé (ou vin, alcool...), cela n'a aucun goût!

Me vient alors une idée farfelue (si si, ça m'arrive).

Je refais une seconde infusion, et nouvelle série de tests. Sauf que là je rajoute "l'objet mystère".
Comme la première fois, plus le diamètre du récipient est large, mieux le nez semble capter les parfums, et plus le goût est riche, long en bouche. Je termine le test avec mon fameux "objet mystère", et là, grosse baffe: explosion du parfum, du goût. Incroyable!

Bon, on ne me hurle pas dessus, on ne sort pas les haches, et on ne rigole qu'après avoir fait l'expérience: l'"objet mystère" n'est pas une assiette à soupe (farfelu, mais respectueux du bon thé) mais... un verre de dégustation pour le Bordeaux. Oui, un verre à vin. Inepte? Oui vis à vis de la "culture" du thé, non si l'on penche du côté "dégustation". Car après tout, un bon thé s'apprécie, se déguste, comme un bon vin: autant avec le nez qu'avec les papilles, et un bon verre de dégustation permet de sublimer les arômes, donc également le goût!!!

Faite l'essai juste une fois, pour rire, par curiosité, par défiance... (attention, pas plus d'un tiers de thé dans le verre), faites tourner légèrement, humez, goûtez, et en toute objectivité donnez-moi vos impressions.

Ceci dit, je vous rassure, je continue à servir le thé dans mes bols en terre, par respect pour la tradition, et la culture ;-)

Stephane said...

D'abord, un grand bravo à Antoine pour ces expériences!

La première valide l'importance de l'épaisseur des parois pour le rendu du thé. Pour l'instant, je n'irais pas encore à généraliser que les parois épaisses d'un gaibei sont forcément un mauvais présage. Cela dépend aussi du type de thé. Pour un thé 'fleuri', léger, délicat, oui. Pour des thés plus murs, aux aromes plus terriens (oolong torréfié, pu er) cela sera l'objet d'une autre expérience...

L'expérience avec la taille des bols me fait penser à mon conseil dans le matériel à gongfu: ne pas utiliser de wen xiang bei, mais d'utiliser le fond de la coupe ou la cruche vide pour sentir les parfums du thé. Bien vu là aussi!

Quant à la dernière expérience, je l'ai refaite le jour même du commentaire, avec un grand verre à Bordeaux en cristal très fin. Le thé utilisé: mon excellent Oolong de Da Yu Ling fraichement fait. Je ne peux confirmer qu'à moitié. Certes, je discernai des odeurs plus délicates qu'avec une coupe ordinaire, mais le nez souffrait du refroidissement rapide occasionné par les parois trop fines. Dans la cruche en porcelaine, les odeurs étaient comme fixées aux parois chaudes. Dans le verre en cristal, elles semblaient s'évaporer, se volatiliser en même temps que la chaleur du thé. Une impression de flou, subtil certes, mais flou.

Peut-être le verre de dégustation d'Antoine est en verre aux parois plus épaisses. Cela expliquerait sans doute cela. (Encore un expérience à faire avec différents verres à vin!!)

Antoine est en plein dans la voie du thé en faisant toutes ces expériences et ces découvertes. C'est la meilleure façon de progresser. Mes 'cours' sont là pour vous donner des clés de compréhension. Faites comme Antoine et servez-vous en pour ouvrir portes et barrières!

Antoine said...

Bonjour,

Tout d'abord, merci pour vos abservations.

Concernant le verre de dégustation, je confirme : il n'est pas en cristal, mais en verre, et les parois ne sont pas trop fines ! Il m'avait été offert par un sommelier (15 ans déjà, oups, cela ne me rajeuni pas), lors d'un stage à la SDVF (Sté Des Vins Fins, à Bordeaux, aujourd'hui disparue je crois). Celui-ci m'avais expliqué que, selon lui, le verre permettait de mieux concerver le vin à sa température (donc chambré), et plus longtemps. Toujours selon lui, le cristal, surtout fin, était certes plus beau, plus luxueux, mais globalement moins "performant"!!!

Il est donc parfaitement cohérent de penser qu'avec le thé, une température diminuant trop vite fait s'évanouir les parfums.

Enfin, les molécules de parfum accrochent peut-être mieux sur la porcelaine que sur le cristal ou le verre. D'où un "bouquet" plus prolongé.

Je vais m'acheter une petite cruche en porcelaine, et hop, re-tests :-)

Que du bonheur, quoi !

Stephane said...

Merci pour ces précisions qui confirment mes supputations. Je ferai mon prochain test avec un verre de dégustation en verre alors.