Saturday, February 11, 2006

Théière Zisha d'Yixing






















Je vous présente mon coup de coeur de cette nouvelle année: une petite théière Yixing faite à la main avec de la pure glaise zisha (pourpre sabloneuse) d'Yixing. Elle convient très bien au vieux pu-erh cru. C'est d'ailleurs pour eux que je l'ai prise. J'utilisais ma théière Yixing de 7 ans auparavant, mais comme ma femme ne boit pas de puer, je n'arrivais que rarement à boire toutes les infusions que recèlent ces thés. Celle-ci est plus petite (10 cl contre 15cl). J'ai essayé mon Jiang Cheng avec samedi. Un régal! Et en plus j'ai l'impression que j'ai pu en tirer plus grâce à elle.

Passons en revu pourquoi je l'ai choisi pour mon vieux puer cru. Cela vous fera un exemple appliqué de comment choisir une théière pour un thé en particulier:
- la glaise zisha est une glaise de souplesse moyenne (plus dure que la Duan Ni, mais plus souple que la Zhu Ni). Elle convient donc bien aux thés qui sont à mi-chemin entre le non fermenté et le 100% fermenté ou bien entre peu de torréfaction et une torréfaction intense. Le pu er de 10 à 20 ans d'âge correspond donc bien: Il a déjà bien évolué, mais n'est pas encore aussi fermenté que du cuit.

- Cette théière pèse 100 grammes et ses parois sont moyennement à assez épaisses. Elles retiennent la chaleur plus longtemps et prolongent l'infusion. Cela convient donc plus aux thés qui ont du corps et de la longueur en bouche.

- Sa petite forme ronde fait qu'elle conviedrait aussi bien à du oolong de basse montagne (aux feuilles petites) bien torréfié ou à un oolong âgé. Le pu-erh décortiqué donne souvent des feuilles petites et brisées. Celles-ci rentrent donc bien dans une petite théière. Sa petite taille fait qu'on a pas besoin de trop de feuilles pour en tirer un jus corsé, comme un expresso, si on le laisse infuser longtemps. La forme ronde permet aussi une expansion harmonieuse de toutes les feuilles.

- La température de cuisson a dépassé les 1200 degrés, comme l'indique le son du couvercle quand il touche la théière, même si les parois épaisses étouffent un peu les aigus. Cette haute température est nécessaire pour permettre de réduire l'eau présente dans la glaise à moins de 2%.

- Elle est faite en série, mais à la main par des artisans expériementés. Cela permet de garder le coût bas tout en lui donnant une forme vivante. Au niveau esthétique, en plus de la forme générale, il y a 3 parties qu'il est important d'observer avec attention:

1. L'anse de cette théière est très fine et cela contraste bien avec son corps rond. Cela lui donne beaucoup d'élégance.

2. La boule sur le haut est une des parties de la théière qu'il est important de ne pas rater. C'est plus difficile qu'il ne semble. La boule doit avoir juste la bonne taille et donner une impression de force et pas de ratatiné!
3. Mais le plus important reste encore le bec verseur. C'est vers lui que se porte le regard lorsque le thé jaillit, et c'est de lui que dépend la fluidité du jet. Sur cette théière, ce petit bec est mignon tout plein. Sa petite taille et son angle courbé donne un jet très joli (faudra que je pense à en faire un vidéo un de ces jours) et la théière se vide en 11 secondes chrono. C'est une vitesse tout à fait respectable pour un bec si petit. Il convient bien aux thés qui ont du corps. (Pour les thés légers et fleuris ont cherchera un écoulement rapide). Le jet s'interrompt comme il se doit quand on appuie sur le trou situé au-dessus de la boule sur le couvercle. Cela montre que le couvercle, même s'il bouge un petit peu, couvre bien la théière.

- La présence d'un filtre interne en glaise en forme boule empêche bien les feuilles de bloquer la sortie:
(Ici une photo de ce genre de filtre sur le même théière faite en Duan Ni.)


Conclusion: Quelques rinçages eau chaude/eau froide et ma théière fut prête pour essayer mon puer sauvage de Jiang Cheng. L'essai fut concluant: la théière donne un thé plus rond et moelleux qu'avec le zhong et n'a pas diminué l'intensité des saveurs. Je l'ai d'ailleurs fait goûté à une amie qui goûtait du vieux pu-er pour la première fois: le rouge lui monta aux joues et elle me dit qu'elle se sent comme si elle avait bu un verre de vin!
L'autre caractéristique intéressante de cette théière, c'est son prix. Tout comme sa soeur en Duan Ni (ci-dessous) elle coûte autour de 50 Euros (seulement!)

5 comments:

Alain thé said...

Bonsoir Stéphane, très belle les théières, j'en commande une de chaque type !

Plus sérieusement j'aimerais essayer de mieux comprendre l'adéquation entre le type de terre utilisé et le thé que l'on peut infuser.

A te lire je comprends que le Duan ni étant plus souple convient mieux aux Oolong peux fermentés (tel le Baozhong ?), la Zisha pour les thés moyennement fermenté (tel le Dong Ding ?) et la Zhu ni pour les très fermentés (tel l'Oriental Beauty ?). Ensuite viennent également en ligne de compte l'épaisseur des parois ainsi que la forme de la théière. Est-ce que je me trompe ? peux-tu mieux nous éclairer sur ce sujet ?

Stephane said...

J'ai du mal m'exprimer. Merci de poser cette question.
Oui, la duanni est plus souple que la zisha qui est elle plus souple que la Zhu Ni. Mais la compatibilité entre souplesse et fermentation/torréfaction est l'inverse.

Ainsi, les thé verts donnent les meilleurs résultats avec de la porcelaine, et plus le thé est fermenté et torréfié, plus on prendra une glaise souple. La duanni pour le puer cuit ou du oolong hyper torréfié par exemple.

Pourquoi?
On peut faire l'analogie avec un miroir. Moins il y a de pores dans la glaise, plus le goût du thé est fidèle. Plus la glaise est souple, plus elle va changer et arrondir les angles du thé.
Les thés verts, fins et légers, on veut les boire tel quel.
Les thés qui ont subi de grandes transformations et qui ont des 'défauts', on voudra les améliorer et les transformer grâce à l'emploi d'une théière. Celle-ci agit comme un vieux miroir: elle gomme certaines rides et imperfections.

Ce n'est pas une règle gravée dans le marbre. A chacun d'essayer et de voir comment le thé lui plait le mieux. (Beaucoup de pro, comme M. Wang et son TGY torréfié, n'utilisent que le zhong).

Philippe said...

Je m'étais dit qu'après avoir acquis la magnifique petite théière Xishi Zhuni, il serait difficile d'en trouver une autre de cette qualité et à moins de 100€... Je me suis trompé !

En effet, cette Zisha de couleur brune fonctionne tout aussi bien pour certains types de thé. Ceci dit, l'approche de chacune d'entre-elles est différente (cf. commentaire que j'avais mis sur le bog pour la Zhuni).

Celle-ci convient parfaitement aux Pu Er déjà bien mûrs (ceux qui sont naturellement vieillis, donc déjà d'un certain âge mais aussi ceux qui ont subit un vieillissement accéléré, appelés également "cuits").

Cette adorable théière transmet admirablement bien la chaleur ce qui permet aux Pu Er de s'exprimer pleinement. La contenance est idéale pour une utilisation en Gong Fu Cha : 10 cl. Quant à la forme, je trouve les lignes très pures et sobres.

Contrairement à la Zhuni, cette Zisha semble plus à l'aise avec le côté "obscur" de certains Pu Er ! Je m'explique : les notes sombres de sous-bois, de terre humide, ... (caractéristiques qu'ont en commun les Pu Er bien mûrs ou âgés) sont mis en avant dans cette théière. Souvent dans une théière basique, ce côté "boisé" s'exprime de façon neutre et plat. Dans cette Zisha, les ombres prennent du relief et de la vie !

J'ai fait l'expérience avec un Pu Er un peu récalcitrant (mais néanmoins excellent...). Les notes boisées complexes étaient en général assez étouffées, alors que dans cette petite théière, il semblait renaître en mettant justement ce côté terreux en avant !

Il est également intéressant de souligner que cette théière peut être utile pour tempérer un Pu Er trop clinquant, trop brillant; donc trop agressif. Certains jeunes Pu Er encore fougueux peuvent être "calmés" à l'aide de cette Zisha. Le côté astringent de ces jeunes thés disparaissant pratiquement complètement. Vraiment étonnant !!

Un investissement pour pas trop cher et un bonheur pour vos Pu Er qui commencent à prendre quelques rides de vieillesse !

Anonymous said...

Stéphane,

Je t’ai commandé la théière et le thé avant de partir de partir pour Paris et à
ma grande surprise, ils sont arrivés avant moi !
Je ne pensais pas les recevoir si vite : merci !
Merci également pour les « cadeaux » : l’emballage, les échantillons, la note!
J’attends avec impatience d’avoir un peu de temps libre pour inaugurer ma
nouvelle théière duanni y goûter mon nouveau thé wu yi shan. J’accompagnerai de
moment avec la musique que tu m’as envoyée. Quel bonheur !

Avant de l’inaugurer, je souhaiterais que tu m’expliques s’il est préférable de
l’utiliser seulement pour les oolong très fermentés comme celui que je t’ai
acheté ou si je peux l’utiliser pour tous les oolong en général même si leur
degré de fermentation est bien moindre.

Maria Eugenia

Stephane said...

Maria Eugenia,

La duanni est une théière à glaise très souple qui convient très bien aux oolongs très fermentés et aux puerh cuits. Elle n'est pas recommandée pour les oolongs les moins fermentés (tu peux essayer pour voir). Ceux-ci préfèrent une glaise plus dure ou carrément de la porcelaine.

En outre, les oolongs légers risquent de voir leurs aromes recouverts par l'arome d'oolong torréfiés qui s'impregnera au fur à mesure dans ta théière.

Mais je ne suis pas de ceux qui disent qu'une théière ne va qu'avec un seul thé pour autant. Si tu la rince/nettoie bien après chaque thé, tu pourras aussi l'utiliser avec des oolongs moyennement fermentés/torréfiés (comme mes Tie Guan Yin) ou bien même avec du puer cuit de temps à autre. Rappelle-toi juste qu'on adapte une théière facilement à un thé plus fort, mais que cela peut prendre du temps (nettoyage et une ou deux infusions) pour la ramener vers un thé plus léger.

En fait, pour une théière plus polyvalente en oolongs, je conseille plutôt celle en zisha.

Bonne dégustation et merci pour ta question.