Monday, November 13, 2006

Questions d'un lecteur

"J’ai juste une question : combien de temps penses-tu qu’il est nécessaire pour maitriser les Puerh ? Et que me recommandes-tu en termes de dégustations ? Pour le moment, j’ai acheté ça et là des puerh de diverses provenances, diverses fermentations, et divers millésimes. Mon idée est d’alterner et de comparer dans les grandes lignes les différences."


Le puerh est le thé le plus difficile à maitriser. Même Teaparker, mon prof de thé et auteur d'un livre sur les puerhs nous a avoué qu'il est encore au stade de l'apprentissage. Et pourtant, cela fait bien 20 ans qu'il en boit! (C'est pourquoi j'ai commencé tôt avec mon fils de 3 ans!) Certes, on apprend vite la théorie, mais le problème est la pratique. L'absence d'étiquettage fiable dans le passé fait qu'on ne savait jamais exactement d'où venait le puerh. On n'est pas non plus certain de la méthode de fabrication ou de l'age d'un puerh. Les falsifications pour les vieux sont la norme et le vrai l'exception.

Alors que faire? Mes quelques conseils:
- Explorer le puerh cru jeune (5 ans et moins) et le puerh cuit (3 à 10 ans). On oublie le vieux dans un premier temps.
- Utiliser de la porcelaine blanche et des infusions standardisées (même grammage, même temps d'infusion, eau juste bouillante) pour tous les puerhs. Pour faire des comparaisons, l'idéal est d'utiliser plusieurs sets pour compétition.
- Puis déguste tes puerhs d'origines et de sources diverses. Regarde bien les feuilles de thé sec, la transparence du thé, les feuilles ouvertes. Et bien sur, sens et goute le thé en notant tes impressions.
- Ne te laisse pas impressioner par la provenance ou le prix. Oublies tout cela. Demandes-toi juste si tu aimes ou non. Observe si ta gorge s'ouvre ou se ferme au passage du thé (elle s'ouvre quand c'est bon!)

"En parallèle, je m’interroge sur la précision de tes descriptions sur les infusions, ainsi que celle d’autres bloggers. Comment faites-vous pour être aussi précis dans vos sensations ? Est-ce (pardonne-moi si je te vexe) du zèle ? est-ce une qualité gustative qu’on a ou qu’on n’a pas ? est-ce (et ce que j’espère fortement) à force de déguster – le palais et la langue s’accoutumant petit à petit?"

Oui, l'odorat chez l'homme est un sens souvent très développé, mais il nécessite de l'entrainement et de la concentration. De plus, le gongfu cha, se buvant toujours nature, sans sucre, ses goûts et odeurs ne sont pas aussi fortes que celle de notre alimentation habituelle. C'est un peu comme écouter un solo de violon après un concert de rock. C'est donc normal qu'il faille s'habituer à cette intensité plus faible. Mais en retrouvant le goût pour le thé naturel, on retrouve aussi le goût pour les aliments vrais et simples.
Ainsi, pour l'instant, mon fils me dit que mes puerhs sentent le chocolat! Avec un peu plus d'expérience, je pense qu'il y trouvera d'autres odeurs!

10 comments:

Fabrice said...

Merci Stéphane d'eclairer par cet article le neophite que je suis :)

Il est vrai qu'il est tres delicat, lorsqu'on commence, de savoir si on est dans le vrai ou le faux en degustant un thé. j'essaie, comme ton lecteur, d'en tester un certains nombre pour me faire une idée.

Par contre, a la difference de ton fils, pour moi les puerh semblent avoir l'odeur et le gout de tourbe plus que de chocolat !

Lionel said...

Merci Stéphane pour cet article et cette photo de ton fils qui semble captivé ! J'ai hâte de pouvoir en faire de même avec ma petite fille...
Je me suis promené en forêt samedi, senti à plusieurs reprises les feuilles mortes et la terre, et peu de pu er pour moi ont exactement cette odeur, contrairement à ce qu'on lit souvent au sujet des pu er (et que tu écrit Fabrice/tourbe). L'odeur de la terre est très forte, très dense, les pu er pour moi sont en général plus sucrés, plus gourmands, notes pâtissières...Avez-vous fait ce test de votre côté ? qu'en pensez vous ?

luc said...

Photos très touchantes de ton fils en pleine dégustation !
Mon fils à sept ans et presque chaque matins il viens goûter le pu erh que je bois au réveil, celui qu'il préfère pour l'instant c'est la brique de pu erh cuit 2000 de la Fu Hai factory de ta sélection. Je me dis que c'est un bon début,je suis curieux de voir comment son goût va se developper !

luc said...

Photos très touchantes de ton fils en pleine dégustation !
Mon fils à sept ans et presque chaque matins il viens goûter le pu erh que je bois au réveil, celui qu'il préfère pour l'instant c'est la brique de pu erh cuit 2000 de la Fu Hai factory de ta sélection. Je me dis que c'est un bon début,je suis curieux de voir comment son goût va se developper !

Anonymous said...

So young and already drinking pu'er with his pinkies pointing out! Good job, father! :) Handsome boy and beautiful pictures...thank you for sharing.

Fabrice said...

@Lionel : Tu sais je commence a peine a deguster les pu er et je n'ai certainement pas l'experience que tu en as :)

Sans doute a l'avenir vais je decouvrir d'autres odeurs, d'autres saveurs ... j'ai hate en fait !

Sinon, honte a moi, a la difference d'un certain nombre d'entre vous je n'ai pas vraiment initié ma fille de 4 ans. Elle semble preferer le café, sans doute les origines italiennes qui ressortent :)

Geoffroy said...

Je sais que pour améliorer ses qualité gustatives il ne faut pas fumer. Est-ce que ça abime les cellules gustatives de manger très épicé ? Quels autres aliments faut-il préscrire ?

Stephane said...

Lionel,
Je retrouve l'odeur de feuilles mortes dans mon carré de 1990, mais pas vraiment dans la brique de Jiang Cheng sauvage. C'est vrai que le moelleux sucré ressort plus alors. Et le Yiwu 2003 est carrément fruité. Cela dépend donc du puerh dont on parle.

Geoffroy,

Je déconseille les plats épicés ou trop forts (munster, ail, oranges qu'on pêle soi-même) juste avant une dégustation précise d'un thé léger.
Par contre, un thé puissant (oolong tres torréfié ou puerh) peut servir d'accompagnement à de tels mets.
La pratique du thé chinois est libre. Mais elle nous fait mieux prendre conscience de l'harmonie des gouts et odeurs et de la subtilité de nos sens. Et c'est en comprenant mieux ce que demandent nos papilles et tou notre corps qu'on en vient à se nourir plus sainement pour se sentir mieux.

objectif-plume said...

j'aime beaucoup ce que tu dis de la gorge qui s'ouvre ou se ferme en fonction de notre appréciation du goût.
et tu as raison, finalement ce qui est si important c'est le simple fait d'aimer ou non. Mais aussi quel plaisir de reconnaître sous le breuvage le chocolat (comme ton fils), le tourbe (comme Fabrice), la terre, la mousse, la craie, la pierre, les épices,...
un bonheur à renouveller sans cesse.
merci

Anonymous said...

Can I get an english translation?