Thursday, March 26, 2009

Technique = préparation, Xi Hu Lungjing de 2006

Pour résumer, le gungfu cha, c'est l'ensemble des techniques qui rendent un thé meilleur. La technique de l'infusion (préchauffage de la théière, des coupes, comment verser l'eau, température et temps d'infusion et poids des feuilles) est l'élément final, celui qui retient le plus notre attention.  Il est au thé, ce que la compétition est au sport, un aboutissement et un résutat (on gagne ou perd, le thé est bon ou mauvais). Mais l'analogie sportive ne s'arrête pas là: le résultat est rarement du au hasard, mais le fruit de notre préparation, de notre entrainement. Ne dit-on pas que certains matchs sont joués d'avance? C'est encore plus vrai pour le thé. 

Prenons mon Cha Xi d'hier, par exemple. Pour célébrer une belle journée de printemps, j'ai eu envie de boire un excellent thé vert de Chine. J'ai sorti un reste de Lungjing de Xihu au Zhejiang du 28 mars 2006 d'avant Qingming (qu'une dizaine de lecteurs ont eu l'occasion de goûter à l'époque). Sa qualité est exceptionnelle, et il devrait encore être très bon. (Premier pas: le choix d'un thé de qualité).

Mais comme il a trois ans d'âge, je choisis de ne pas l'infuser dans ma théière en argent, mais dans ma théière Bian Hu dont la glaise zisha devrait bien donner de la profondeur au goût âgé de ce thé (d'une manière un peu similaire, j'aurais pu prendre une théière en duanni pour un thé vert jeune qui aurait quelques défauts à gommer).  La petite taille (12 cl) de cette théière correspond à la petite taille au peu de thé que je veux infuser (meilleur le thé, moins j'en mets). Et sa forme plate va bien avec celle des feuilles. (Deuxième pas: le choix harmonieux de la théière). 


Pour ce thé vert, je choisis mes petites coupes rondes en céladon. Elles ont une épaisseur et un côté plus charnu que mes coupes 'chantantes'. Je ne recherche pas de la légerté, mais de l'ampleur et de la force dans mon Lungjing préparé en théière zisha. Mais sa couleur reste claire et le céladon aidera à la renforcer. (Troisième pas: le choix harmonieux des coupes.)

Pour mon eau, je reste dans mon thème de souligner l'ampleur de ce thé vert âgé et choisis de bouillir mon eau minérale taiwanaise dans ma tetsubin ancienne. (Quatrième pas: le choix d'une bonne eau).

La composition du Cha Xi suit mon thème d'un thé vert âgé. J'utilise des accessoires anciens (l'assiette Ming sous la théière et la cruche) pour mettre une ambiance ancienne. Le Cha Bu (la nappe) brun se marie bien avec. Ses triangles renversés symbolisent des oies en plein vol (une migration printanière?) Et des feuilles vertes (la plante) surgissent avec toute leur fraicheur. Il ne s'agit pas seulement d'une composition esthétique. Pendant l'arrangement du Cha Xi, mon esprit se concentre. Il pense beauté, harmonie, gestes lents (pour ne pas casser ces antiquités). Concentré sur le moment présent, je suis enfin prêt à commencer l'infusion.  (Cinquième pas: un esprit serein bercé d'harmonie).
Le thé obtenu est splendide, long et suave. Je suis juste surpris par toute sa fraicheur encore présente (j'avais pu boire un échantillon de Lungjing de 2008 d'un grade inférieur, récemment, qui avait beaucoup jauni). Je remarque aussi que les bourgeons restent encore assez fermés après 2 infusions avec de l'eau en tetsubin. Aussi, je décide de chauffer de l'eau dans ma petite bouilloire en argent. Cette petite rectification (improvisation de dernière minute) me gratifie d'une coupe parfaite: le lungjing retrouve sa jeunesse et toute sa pureté! Le thé est à la fois plus léger, mais garde son arrière goût puissant.

Les bourgeons de ce thé sont d'une beauté sans nom. Avec de telles feuilles, le thé était garanti d'être bon. Mais grâce au choix judicieux et harmonieux de chaque élément, il a été encore meilleur et m'a donné tout* son potentiel de bonheur!
* l'eau en bouilloire en argent dès le départ aurait été un meilleur choix. Cette petite erreur (rectifiée en cours de route) montre à quel point il est important d'observer et de comprendre le thé qu'on va infuser afin d'harmoniser tous les éléments en fonction du thé. Le gungfu cha, c'est aussi apprendre en tenant compte de ses erreurs et expériences passées!

3 comments:

terre et feu said...

Pour ma part meme si la pratique du thé n'est qu'à son debut, sans m'en rendre compte j'ai oublie ma pratique quotidiene du Kendo pour celui du thé,
preuve que la répétition des gestes et la presence dans l'instant du thé est aussi fort que lors d'un combat,
Mais tellement plus doux, et paisible en se qui concerne le thé.

Niko said...

Alors là, je suis tout bonnement ébahi !
Beaucoup de certitudes s'envolent : c'est rafraîchissant de découvrir d'autres horizons.
En effet, je croyais qu'il ne fallait pas utiliser de théière en terre pour les thé verts, celle-ci risquant de "brûler" le thé. Le déroulement est-il le même (la température de l'eau devant biensur moins élevée) ?
J'étais aussi persuadé qu'un thé vert (même excellent) ne pouvait se garder aussi longtemps (j'ai eu une grosse déception sur un vert que j'avais gardé 2 ans). Tu devais avoir des conditions de stockage idéale !

Merci pour ce bel article.

Stephane said...

Niko,
Mon article devrait être accompagné d'avertissements du type: attention, cette méthode ne convient qu'à des thés verts âgés de très haute qualité. En fait, j'ai utilisé une eau dont la température était proche de l'ébulition (mais j'ai versé très doucement). Là aussi un préjugé qui saute! Mais aussi le même avertissement: pour des thés verts de grade bas ou moyen, une telle température élevée ferait plus de mal que de bien.

En fait, mes conditions de stockage auraient pu être meilleures. Le sachet était fermé de manière étanche, mais complètement sous vide. De plus, je ne l'avais pas mis au réfrigirateur (ce qui aurait permis de mieux conserver sa fraicheur).