Tuesday, October 04, 2005

Apprendre le gong fu cha: le matériel

Un de mes lecteurs m'a fait la suggestion suivante:
"En France, le thé est devenu à la mode depuis quelques années, pas le savoir-faire ! (...) Je trouve votre blog extrêmement intéressant, une mine d’or au niveau information.

Une chose lui manque pour devenir « LE blog des blogs sur le thé» : une page, accessible depuis l’accueil, où vous nous présenteriez les diverses façons de réussir un « bon »thé (tel type de thé = telle méthode, ou telle méthode pour les thés X, Y & Z…). Par méthode, je sous-entends les accessoires nécessaires, et la technique appropriée. Au vu de la qualité des photos que vous nous faites partager, cela deviendrait un Must incontournable, à tout le moins une bible de référence pour les néophytes comme moi (et des milliers d’autres).

Quand on manque cruellement d’expérience, lire le test d’un vieux pu er met l’eau à la bouche, mais ne sachant pas bien comment le préparer (et d’une certaine façon le respecter), on a un peu l’impression d’être devant une merveilleuse vitrine, sans savoir comment entrer dans la boutique… !

Et je connais pas mal de gens, amateurs de thé, qui ignorants comme moi, hésitent à investir dans des ustensiles dont ils ne maîtriseraient pas (ou mal) l’usage."

C'est en réponse à cette suggestion (et aux prix faramineux que des lecteurs m'ont affirmé avoir payé pour des théières chinoises dans un magasin de thé parisien) que je vais commencer par vous présenter comment apprendre la technique de préparation de divers thés sans vous ruiner. Pour commencer, voici les ustensiles de base. Ils sont suffisants pour déguster même les meilleurs thés chinois. En fait, c'est même la meilleure façon de commencer:


- A droite: un gaibei (ou zhong, ou gaiwan) avec sa soucoupe. Cette soucoupe peut servir pour présenter le thé aux invités, afin qu'ils le sentent sans le toucher.
- A gauche: une petite cruche. Une fois le thé déversé dans les tasses, on peut sentir l'odeur de la cruche vide.
- Devant: une petite tasse de thé (en prévoir plusieurs si vous ne buvez pas seul).
- En dessous: une jolie serviette de couleur foncée (le thé tache) et absorbante. Elle servira à recueillir l'eau qui ne manque pas de s'écouler sur la table durant les manipulations.

La céramique doit être en porcelaine (pas de verre ou de glaise). Pourquoi la porcelaine et pas une jolie théière en glaise: la porcelaine est neutre, alors que la glaise va modifier le goût du thé. Toutes les compétitions de thé utilisent des ustensiles en porcelaine.Des motifs sur les parois extérieurs sont optionels, mais l'intérieur doit être uni de couleur blanche ou bien très claire. Je conseille plutôt des parois fines, mais n'en fais pas une priorité: celles épaisses résistent mieux aus chutes qui risquent de se produire au début (et sont moins chères). (Le set blanc montré ci-dessus est disponible dans ma sélection. Vous y trouverez aussi des sets peints à la main.)

Deux autres accessoires sont nécessaires, mais point besoin d'aller chercher midi à quatorze heures dans la phase d'initiation:
- une bouilloire et une plaque chauffante pour faire bouillir l'eau,
- un grand pot poubelle pour y jetter l'eau et les feuilles usagée.

Deuxième leçon: les ingrédients.

8 comments:

sophie, de Lannion said...

voilà un post fort utile ! A tous points de vue :

* celui du novice en thé qui trouve réponse à ses questions ;
* de tous ceux qui ne voudraient pas se ruiner avec l'achat des ustensiles ad hoc (bémol : en France, hors Paris et grandes villes, le set présenté par Stéphane est difficilement trouvable ; ne pas hésiter à improviser avec ce qu'on a sous la main pour patienter !...)
* de ceux qui vont enfin réaliser que les thés ordinaires issus de production quasi-industrielle sont bien ridicules dans ce petit bol qui ne cache plus rien.

Ce post, enfin, fera-t-il progresser l'humani-thé ? y'en a marre d'entendre que "le thé se prépare bien mieux dans une vieille théière culottée, avec une cuillerée de feuilles par personne, plus une pour la théière" !!

Antoine said...

Super!

Je vais aller sous peu faire un tour dans le quartier chinois, à Paris, histoire de trouver un Zhong abordable, ainsi que les autres accessoires.

Et Sophie a raison, l'improvisation peut avoir du bon: j'ai fait un test hier soir avec une sorte de mug ayant un couvercle (un zhong du pauvre, en quelque sorte ;-) ) afin de gouter dans de meilleurs conditions 3 de mes thés préférés:
* Paï Mu Tan (thé blanc)
* Lung Ching (thé vert)
* Oolong Fancy

Le résultat est extraordinaire!
Auparavant, en théière porcelaine, ils étaient simplement bons, mais là j'ai découvert une palette de parfums et de goûts infiniment plus riche.

Un nouveau monde s'ouvre, vivement la suite!!!

Amicalement.

Chamagudao said...

Oui n'hésitez pas comme antoine à improviser, d'ailleurs, à défaut de couvercle, vous pouvez simplement utiliser un filtre à infusion, qui sera un peu moins fin que les filtres à thé habituels, mais qui vous permetra de "tremper" les feuilles au dessus d'une tasse ou d'un petit mug un court moment avant de les enlever, SANS LES JETER, pour les réutiliser à l'infusion suivante.

Personellement je suis d'accord avec sophie. Les vieilles théières culottées (même de yixing) sont bien si on utilise toujours le même thé pour y infuser, et de préférence un thé un peu fort (pu'er ou wulong dense). En revanche, pour tester un thé inconnu, comparer deux infusions, ou bien même pour apprécier de voir les feuilles s'ouvrir et de sentir tout l'arôme se développer, rien ne vaut un gaiwan.
Et puis bien sur aussi les théières sont moins indiquées pour les thés verts, qui se boivent de préférence à même le verre et qui, au contaire des thés fermentés (wulongs, pu'er...), nécessitent un matériau neutre pour faire ressortir leur fraicheur. Dans ces cas, le gaiwan est privilégié lorsqu'on veut analyser le thé, et de surcroit lorsqu'on veut partager la même infusion avec des amis.

pierre-antoine said...

le problème des filtres je trouve, c'est qu'ils nuisent à la bonne expansion (l'ouverture) des feuilles lors des différentes infusions...

Shiokoji said...

Comment faites-vous pour ne pas vous bruler avec le gaibei ? Versez-vous à toute allure ?

Stephane said...

Non, le truc c'est de tenir le rebord du haut et non la paroi du gaibei.

Benoit moreau said...

Bonjour,
Je trouve ce blog vraiment intérressant ainsi que cet article d'ailleurs.
Cependant, j'ai tiqué sur deux choses:
1- Le gaiwan (ou gaibei comme vous voulez) doit être en porcelaine mais pas en verre ni en glaise.
Bon pour la glaise, je comprends mais quel beau spectacle que de voir s'ouvrir des perles de Dragon Phoenix au jasmin s'ouvrir dans un gaiwan en verre? En plus, le verre est neutre.
2- J'ai l'impression que certaines personnes sont réticentes quant à l'usage de théière de Yixing en argile... Pour moi, il n'y a rien de tel pour les Tie guan Yin ou bien par exemple un DongFang Mei Ren (j'aime pas trop les Pu'er par contre LOL).
Par contre, en ce qui me concerne, tout nouveau thé testé par moi l'est dans un gaiwan, et ce, quelque soit la famille à laquelle il appartient...

EN espérant encore pouvoir vous lire longtemps, je vous souhaite de très bonnes vacances :)

Stephane said...

Bonjour Benoit,
Merci pour ton commentaire.
1. Il est vrai que le spectacle de feuilles qui s'ouvrent est beau, et le verre permet d'assister à ce spectacle de tous les angles. C'est pourquoi je ne suis pas entièrement contre et propose une petite théière en verre. Mais, pour moi, le gaibei reste un instrument technique de dégustation pointue. C'est pourquoi je préfère la porcelaine. C'est un matériau supérieur au verre dans la précision des arômes du thé.

2. J'adore les théières Yixing. Cependant, en phase d'analyse et d'apprentissage, la porcelaine est le meilleur outil.

Bon thé!