Friday, February 29, 2008

Thé inspiré de la dynastie Ming


Après une inspiration des dynasties Tang (618-907) et Sung (960-1279), je m'inspire de celle des Ming (1368-1644) pour ce Cha Xi.

Pour cela, je sélectionne quelques objets anciens de style qinghua (bleu peint sur du blanc). Ce style est surtout associé à la dynastie Qing, mais avait apparu dès la période Yuan (1277-1367). C'était donc aussi un style courant durant la période Ming. D'ailleurs, cette tasse ébréchée ci-dessous est une imitation de cette époque. Les autres assiettes et tasses de mon Cha Xi sont de la dynastie Qing (1644-1911), mais elles restent en harmonie avec cette tasse mise en valeur sur cette autre création de ma mère.
Pour la théière, j'ai pris la plus vieille et grosse que j'ai (ébréchée elle aussi). Elle date probablement seulement de la période Qing, malheureusement. Mais son style plus 'primitif' et volumineux correspond aux théières Ming. Cette théière a un autre défaut: elle fut cuite à une température trop basse et n'extrait pas le maximum des feuilles de thé.
Quel thé choisir? Pour cette théière, il me faut un thé puissant afin de compenser la perte aromatique et gustative. J'avais pensé à un puerh cuit ou à un vieux Baozhong torréfié. Mais comme mon thème est la dynastie Ming, il était important de rappeler que c'est au début de cette dynastie, en 1391, que l'empereur Hongwu a interdit les cadeaux de thé sous forme de galette. Dorénavant, le thé devait être livré en vrac. Je choisis donc des feuilles de puerh en vrac, non compressé en galette. J'aurais pu prendre du puerh cuit, mais je n'en ai pas en vrac. De plus, ces feuilles de puerh cru de la région d'Yiwu des années 90 ont beaucoup plus de complexité et de force vive que du cuit. Pour un gongfu mémorable, mieux vaut choisir un thé exceptionnel.
Je ne rince pas les feuilles, mais je verse plus qu'à ras bord et chasse l'écume avec le couvercle de la théière. Je rajouterai de l'eau bouillante sur la théière préchauffée afin de compenser son défaut.

Ci-dessous, j'ai pris quelques feuilles après la troisième infusion. Comme je commence ce paquet, les feuilles du dessus sont entières et de taille assez impressionnante.
Je remarque des différences entre les feuilles. Certaines sont sauvages, d'autres non. Leur degré de vieillissement n'est pas non plus tout à fait pareil. Elles proviennent effectivement de l'aggrégation de plusieurs récoltes dans les années 1990. Mais plus de dix ans passées ensemble dans des conditions assez humides leurs ont donné une seule odeur de cave moisie. Mais l'infusion change cela en camphre et en odeurs de sous-bois. Ces odeurs complexes et un peu mystérieuses se marient bien le thème d'une ancienne dynastie.

Au goût, la théière a effectivement adouci ce thé et l'a rendu plus moelleux et moins astringent qu'en zhong. Il semble aussi moins fort. Son impact sur mon corps est plus limité. Pour un puerh pas encore très vieux, c'est finalement pas si mal comme cela.

Et puis il y a le plaisir de pouvoir utiliser cette vieille théière. On s'attache bien plus facilement à un objet unique et ancien, fut-il 'grossier', qu'à un objet de grande série...

C'est un peu pareil pour le pot à eaux usées que j'ai pris pour ce Cha Xi (ci-dessous). Je n'ai pas trop d'idée de son utilisation et date d'origine, mais son état laisse deviner un très long parcours pour me parvenir. J'aime bien son ouverture. Elle ne laisse pas trop apparaitre les eaux usées, ce qui est un plus, sans qu'on ait à avoir peur de renverser à côté.
J'ai un petit regret pour ce Cha Xi: celui de ne pas avoir prévu quelques fleurs. Mais les motifs colorés en tissus les ont un peu remplacées, et leurs couleurs résonnent avec celle du thé. Je suis quand même arrivé à un tout harmonieux. Le weekend commence bien!

3 comments:

Anonymous said...

Merci Stéphane pour cette présentation et cette dégustation inspirée que je découvre avec plaisir ce samedi soir !! C'est un appel .... mais, il est tard pour un gong fu cha. Dur, dur, d'attendre !
Hélène

LIO said...

Salut S.

Je me réjouis d'avoir un peu de temps pour écrire sur le thème du mandala. Je me posais la question suivante: pourquoi tu exclus la bouilloire (l'eau) du set composant ton cha xi?

Le sens sous-jacent nous invite à l'inclure me semble-t-il.

Stephane said...

Merci Hélène. Il n'est jamais trop tard pour faire un gongfu cha. Hier soir, ce fut entre 1h et 4h du matin!

Lio,
2 raisons:
- il est à côté du tissu, pas dessus. Il n'y a pas de place pour elle. Et une photo de plus loin est moins jolie.
- je n'ai qu'une bouilloire tetsubin. Il serait intéressant de varier selon les époques et les thèmes. Mais comme c'est toujours la même, je préfère me concentrer sur les éléments inspirés par le thème, la dynastie afin d'éviter les répétitions.

Tu as donc raison, un set complet inclus la bouilloire.