Thursday, August 18, 2005

Spéculation autour du Pu-Er

Un lecteur de San Francisco me dit que le prix du puerh grimpe tant que de nombreux petits vendeurs de thé ont arrêté d'en vendre et attendent que les prix se stabilisent. L'importateur Taiwanais auprès duquel je me fournis est retourné de Chine il y a un mois sans passer une seule commande pour la récolte 2005. Trop chère: les prix se sont envolés cette année. La prospérité de l'économie chinoise explique cette hausse, à moins qu'il ne s'agisse d'une bulle spéculative. De plus en plus de consommateurs chinois peuvent se payer ce thé. Cette demande accrue joue certainement un rôle dans cette inflation, mais est-ce l'unique raison?

Comment souvent, j'ai recours aux lumières de Teaparker pour examiner la situation.

Il constate que le pu er fait l'objet actuellement d'un vif intérêt parmi les buveurs de thé chinois (au sens le plus large, c'est à dire comprenant la Chine Populaire, Taiwan, et de nombreux Chinois émigrés). C'est le thé à la mode du fait, notamment, de sa caractéristique spécifique de se bonifier dans le temps. De nombreux marchands y voient une manière de s'enrichir sans risque: j'achète jeune à bas prix et vendrai vieilli à prix élevé.

Cependant, cet engoument repose également sur des idées fausses qui risquent de devenir fatales pour certains acheteurs:
1. On croit que n'importe quel puer va s'améliorer dans le temps. Teaparker, lui, a remarqué que seuls les pu er crus de bonne qualité s'améliorent avec le temps. Pour faire un parallèle avec le vin rouge, sujet à la post fermentation comme le pu er, on n'a jamais vu le vin de table s'améliorer!

2. On se base sur les prix de vieux puer actuels pour extrapoler les prix futurs. Or, ces vieux pu ers sont rares car personne ne les gardait pour faire du business et peu de gens savaient qu'ils allaient prendre de la valeur. Maintenant que ce fait est connu, beaucoup de pu er est conservé avec pour but d'être vendu vieilli. Cette augmentation de l'offre de vieux pu er pèsera sur les prix futurs.

3. Le stockage du pu er durant sa maturation n'est pas pris en compte par les acheteurs actuels. Trop peu de gens savent comment bien conserver le pu er. Certains pensent qu'il faut le conserver au sec et au frais comme le vin. D'autres pensent qu'il faut l'emballer hermétiquement. Dans un autre article, Teaparker nous informe que certains marchands de pu er stockent leur thé dans des fermes à cochons et poules. De tels entrepots de campagne sont certainement peu chers, et le marchand compte sur la chaleur animale pour accélérer le processus de post fermentation. Cependant, le thé s'imprègne facilement d'odeurs environnantes, sans parler des bactéries et des saletés animales... Y a-t-il un marché pour le puer pur porc?!

Ces trois raisons font que le prix des puers de qualité inférieur et/ou mal stockés ne va pas continuer d'augmenter éternellement. Au contraire. Au plus tard lorsqu'on voudra le vendre aux consommateurs, vont-ils se rendre compte que ces pu ers ne valent pas leur prix et ils seront bradés comme les fausses Rolex.

Dans ce dernier article de Teaparker, il donne d'ailleurs quelques trucs pour détecter les 'faux' vieux puer, les jeunes cuits qu'on fait passer pour des vieux.

1. Quand on ouvre le paquet du pu er, il en sort une odeur de moisi.
2. Il y a une couche blanche ou des petites toiles d'araignée sur le pu er. Les branches des feuilles de thé sèches sont noires au lieu d'être rouges foncées comme un vieux vin.
3. Le goût du vrai vieux thé est calme et sans odeurs fortes.
4. Pour un vrai pu er, la couleur du thé infusé, sur le pourtour de la tasse, doit être comme transparente, brillante. S'il est faux, la couleur du pourtour est terne.

Bref, acheter du bon, vrai pu er, vielli dans les meilleures conditions, et à prix raisonnable, continuera de rester difficile à l'avenir. Heureusement que je suis !

3 comments:

sophie, de Lannion lès Algues Vertes said...

commentaire bébête, mais reflétant bien l'ambiance actuelle sur les marchés...

* pour stocker le pu er "pur porc", je suggère la BRETAGNE ! on fait le transport en 2005, ça coûtera moins cher qu'au tarif extrapolé en 2025, quand le pétrole n'aura plus de prix... Si on prétendait en plus que le pu er vieillissant absorbe les nitrates issus des porcheries, c'est tout bénéf pour combattre la prolifération des algues vertes.

Mitch said...

Bonjour,
Je cherche a savoir si il y a rumeur ou pas quand on me dit que garder un thé Pu-Er plusieurs années chez soit n'est pas très utile. En effet, la loi chinoise oblige les producteurs a secher leurs thé lors de la vente et donc j'imagine de stopper la possibilité de post-fermenter.
La producteur affinant son Pu-er 10 ans le vendant a un grossiste qui le garde encors 5 ans , le thé est marqué comme étant de 15 ans d'age mais les 5 dernieres années ne seraient, en fait, pas a considérer.

Qu'est ce que vous en dites ?
C'est le vendeur de Thés de Chine, Paris qui m'en a parlé.

Stephane said...

Mitch,

Chez soi n'est pas forcément un bon endroit pour faire vieillir son puerh. C'est vrai. Les conditions d'un appartement/maison en Europe sont souvent moins bonnes qu'en Asie. Il manque un peu de chaleur et d'humidité. Et mieux vaux avoir une grosse quantité que quelques galettes entamées.

Par contre, le reste n'est pas correct si l'on parle du puerh cru. Un cru continue de fermenter avec le temps, juste plus ou moins vite et plus ou moins bien en fonction du stockage. Ce sont les cuits qui n'évoluent plus en fermentation (mais s'affinent un peu avec l'age. L'age est moins important.)

On dirait que le vendeur parle plus de stockage humide... mais cela ne dure pas autant. En plus, les producteurs de puerh (les factories) ont pour but de vendre rapidement la production de l'année. Ce sont les grossistes (et le magasins) qui s'occupent du stockage.