Wednesday, January 04, 2006

Mes cadeaux puer


Dans mes cadeaux de Noël s'étaient glissé quelques petites enveloppes rouges remplies de milliers de dollars ... taiwanais! (1000 dollars Taiwanais = 26 euros seulement!). C'est donc avec ces étrennes que je suis allé voir mon marchand/grossiste de pu er, hier. Mais au lieu de me contenter du meilleur (du pu-er sauvage de plus en plus hors de prix), j'ai décidé d'opter pour des pu-ers de plantation réputés, buvables maintenant, mais point trop chers. La plupart de ces thés sont faits par la China National Native Produce & Animal By-producrs Import & Export Company Yunnan Tea Branch (abréviée CNNP Yunnan Tea Branch), la grande firme agricole d'Etat, l'ancien monopole du régime communiste. Cela est une garantie de sérieux et de qualité. Les voici:

De gauche à droite:
1. Enveloppé dans des feuilles de bambou indocalamus, trois Pu Er cru en Fang Zhuan (brique carrée) de la région de Menghai de 1990. Il est fabriqué par la CNNP de Yunnan Tea Branch). Ses feuilles de toutes catégories (de 1 à 10). Les briques sont emballées par trois dans des feuilles de bambou, sans papier.

Je l'ai déjà goûté 2 fois. Il a un cha chi très puissant qui vous clarifie rapidement la tête. Attention à ne pas en faire trop, sinon c'est la nuit blanche au thé noir! Son arome est celui des feuilles qui tombent en automne. On perçoit justement aussi un peu la fraicheur de cette saison qui prélude à l'hiver. Comme c'est un mélange de feuilles de différents grades, le goût n'est pas tranché clair et net: il est un peu flou, insaisissable, un peu comme une forêt envelppé d'un léger brouillard. Contrairement à la brique de Jiang Cheng sauvage (qui a encore beaucoup de potentiel de garde), celui-ci est déjà bon à boire maintenant.

2. Un petit Pu-Er cuit légèrement en Gong Ding Cha Zhuan de 100 gr de 1988. Ses feuilles de 1ère qualité car Gong Ding signifie cadeau impérial. Du coup -je viens d'en boire 3 infusions- le thé a plus de clarté et de finesse. Son arome garde encore un peu le goût de la fermentation, mais pas trop. Les aromes sont plus amples, avec des traces de camphre. Tout comme le précédent, il semble assez costaud pour durer encore de nombreuses infusions.

3. La qizi bing '7542’ de la firme Menghai de 1999. C'est une des plus célèbres galettes crues de la firme vedette du pu-er (notamment pour les pu ers cuits). Je ne l'ai pas encore goûté, mais son odeur à sec semble prometteuse, même si elle est encore un peu jeune. Faut dire que j'ai fait une petite entorse à mon budget: son prix est bien plus élevé que pour les autres pu-ers.

4. Le Tuo Cha est un pu er sauvage (!) cuit, fait avec des feuilles de 1ère qualité en 1990. Lui aussi est fait par la CNNP de Yunnan. Celui-là, je l'ai acheté avant les fêtes et n'avais pas encore eu l'occasion de le présenter. Il a encore plus de finesse et un goût de vieux pu er plus prononcé que le Gong Ding, car son odeur de fermentation a déjà disparu.

Il n'est pas donné, mais pour ceux qui préfèrent le calme des très vieux puers, c'est ce qui se fait de mieux en puer cuit pour les approcher.



5. La brique cuite d'Yunnan Pu Er Cha Zhuan de 250 gr a été fabriquée en 2000 par la CNNP d'Yunnan Tea Branch. Les feuilles sont toutes de grade 5. Après 5 années de repos, elle est enfin bonne à boire.

C'est d'ailleurs une question que j'ai posée à Teaparker récemment: le pu er cuit est-il buvable immédiatement ou bien s'améliore-t-il avec l'âge? La fermentation 'artificielle' a pour but de rendre le pu er buvable rapidement (car beaucoup trouvent le pu er cru trop astringent et pas assez digeste). Cependant, les méthodes actuelles de fermentation empoloient plus d'eau que par le passé. Cela a pour conséquence d'augmenter les odeurs de moisi. Le mieux est d'attendre quelques années que ces odeurs disparaissent progressivement. Mon grossiste conseille d'attendre 4 à 5 ans. Cela explique donc que le pu er cuit s'améliore aussi avec l'âge. Mais pas de la même manière et pas aussi dramatiquement que le pu er cru.

J'ai bu de cette brique hier et la trouvai d'un goût prononcé de camphre et de terre, mais sans vraie impression de frais. Plutôt, on a encore le goût de la fermentation durant les premières infusions. (Un truc de mon marchand: il jetta les 2 premières infusions pour laver ces mauvaises odeurs. De tout de façon vous en tirerez encore beaucoup. Il a encore clairement du potentiel pour s'améliorer. Il ne deviendra jamais aussi bon qu'un vieux pu er cru, mais à ce prix-là, c'est un thé qu'on peut boire sans souci en grandes quantités ou pour commencer le pu er cuit.


J'ai plus le temps aujourd'hui. Je vous parlerai de ma petite théière en Duan Ni et de cette vieille assiette à thé un autre jour. Admirez!

8 comments:

Trajan said...

Tout d'abord meilleurs voeux à tous en cette nouvelle année 2006 !
Ensuite, la théière ainsi que le l'assiette sont magnifiques. A quel thé sera dédié cette nouvelle théière ?
++

Bertrand said...

Stéphane,

J'ai une brique qui dois provenir de la même maison que toi. C'est un Pu'er cru. Je n'ai pas encor de dégustation détaillée sur lui, mais je peux dire que j'ai eu la mauvaise idée d'en boir plusieur tasses en fin de journée, et ma nuit fut blanche.

http://oolong.forumactif.com/ftopic66.Ma-nouvelle-theiere.htm

Stephane said...

Trajan,
La Duan Ni est une glaise plus souple et plus poreuse. Comme elle respire beaucoup, elle s'accorde bien aux thés qui ont beaucoup de corps et qui risquent d'être astringents quand l'infusion se prolonge. C'est donc bon pour les thés très torréfiés ou les puers (cuits de préférence) qui sont encore un peu jeune.

Dans ce cas précis, il est clair que ce sera pour mes puers cuits de cet article. Ca tombe bien qu'elle soit petite, car je suis le seul à les aimer chez moi.

Bertrand,

La brique vient de la même fabrique, mais il y a peu de chance que ce soit le même thé. Ils ne changent pas l'emballage, ni avec les années, ni avec les différents grades de feuilles, ni avec la composition cru/cuit/mix. As-tu des détails sur ta brique?

Nadim said...

Mes amis et moi attendons la réception d'une Meng Hai 7542 de 1995 qui, d'après les échantillons que nous avons gouté, promet d'être superbe - nous n'étions pas trop de trois pour la partager...par contre, je me demande s'il est très malin de la boire tout de suite, alors que son vieillissement est déjà bien entamé et qu'il suffit d'un peu de patience pour arriver à quelque chose d'extraordinaire...que feriez-vous ?

Bertrand said...

Stéphane,

Je n'ai pas plus de détails sur la brique. Je n'ai toujours pas d'appareille photo numérique pour prendre les feuilles en photo. Pour ce qui est du goût, je te dirais plus tard!! Car si j'en bois se soir, je ne pourrais pas dormir. lol.

Stephane said...

Nadim,

Je conseille de le boire, surtout si tu n'as qu'un tiers et que tu le trouves déjà à ton goût.

Pour vieillir du puer, mieux vaut en avoir pas mal (et de bonnes conditions de stockage) pour pouvoir 'l'oublier' pendant 15-20 ans.

Emmanuel said...

J'ai pris beaucoup de plaisir à boire le pu'er cuit sauvage 1990 (n° 4) dont un échantillon accompagnait ma dernière commande.

Au delà d'un goût du sous-bois, de champignon et feuilles mortes j'ai pu déceler lors de la troisième infusion un léger goût d'escargot qui s'est amplifié sur l'infusion suivante. Miracle! C'est Noël avant l'heure!

Brahktor said...

Cela fait quelque fois que j'ai gouté de ce thé depuis que j'en ai reçu une brique lors de ma dernière commande (je veux parler de la brique de 1990 Pu Er cru en carré (300 gr) de la région de Menghai) et voilà ce que j'en pense.

Je dois dire que la première fois que j'en ai fait, je ne lui ai presque pas trouvé de gout. Mauvais dosage? Mauvais temps d'infusion? Mauvaise préparation? Ou tout simplement le thé lui même? Je ne sais pas, mais c'est lors de mes dégustations suivantes que j'ai pu commencer à l'apprécier. Je pense que c'est lors de la première infusion que tout s'est joué.
Je l'ai préparé dans une petite théière yixing ronde en zisha de 10cl, dosé à 4-5gr (à vue d'œil), dans une eau de source (Nestlé Aquarel) chauffée à 95°C. La première chose que j'ai remarqué, c'est l'odeur des feuilles sèches dans la théière chaude, il y avait une senteur de noix très présente.

1re infusion, durée 30 sec : assez dur à caractériser, une dominance du gout de noix et de bois rustique. En sentant les parois de la tasse vide, j'ai eu l'impression de reconnaitre une odeur de pruneau.

2ème infusion, durée 30 sec : la couleur et le gout furent plus intense lors de cette infusion, toujours ce fond de gout de noix et de bois rustique. Assez prenant (ça monte à la tête). Bonne longueur.

3ème infusion, durée 35 sec : (mon infusion préférée en général) la liqueur pique un peu la langue, mais ça reste quand même assez rond et moelleux, peut être y a t'il une sensation d'un gout un peu fruité sur le fond, assez dur à déterminer. En tout cas j'ai l'impression de ressentir le thé dans toute ma bouche quelques minutes encore après avoir fini cette infusion.

4ème infusion, durée 45 sec : toujours aussi "insaisissable" pour reprendre l'expression de stéphane. Seule certitude, ce gout de noix et bois entremêlé de fruits ou fruits secs (pruneau? raisins?), et cette sensation de "semi-ivresse" qui ne vous laisse pas indifférent.

5ème infusion, durée 1 minute : idem que pour la 4ème, gouts et arômes un poil plus faibles.

6ème infusion, durée 1 minute 30 : idem que pour la 5ème, mais un peu plus doux.

7ème infusion, durée 6-7minutes : plus homogène, tous les arômes sont si bien mêlés entre eux qu'il est devenu plus difficile de les dissocier.

Pour conclure, ce Pu Er n'est pas nécessairement puissant en gout (mais pas moins agréable au palais), mais fort en sensation. Au début il "réveille" l'esprit assez vivement pour ensuite l'apaiser, on se sent à la limite de la sensation de l'ivresse par certains moments.

Mathieu.